Totally nuts!

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Ce week-end, mon père nous a rapporté un énorme sac plein de noisettes (à peu près de quoi nourrir une colonie d’écureuils pendant 15 ans). Parce qu’apparemment, « il y en a plein à la maison dans les Pyrénées, et il me restait de la place dans le sac pour en mettre un peu »… Bon, c’est bien gentil de sa part, mais en voyant ça, je me suis quand même demandé ce que j’allais pouvoir en faire. Et la première chose qui m’est venue à l’esprit en essayant de penser à des recettes à base de noisettes, c’est une célèbre pâte à tartiner. Je vous laisse imaginer la tête de ma moitié quand je lui ai annoncé « Tiens, on va essayer de faire notre Nutella ! »…

Quelques jours plus tard, je feuillette rapidement quelques recettes sur le net, histoire de me faire une idée des ingrédients à utiliser et des proportions. Bon, globalement, les gens mettent du beurre, du chocolat (noir ou au lait), du lait concentré (sucré ou non), et des noisettes (certains font même sans…). Pour les proportions, ça varie du simple au double d’une recette à l’autre : j’en déduis que je fais ce que je veux !
Je file donc en cuisine pour commencer à éplucher les noisettes… Et je réalise vite que je n’ai pas de casse-noisettes à la maison. Pas même de marteau, prêté quelques jours avant. Au mieux, une pince de bricolage. Mais bon, ça devrait l’affaire, même si ce n’est pas ce qu’il y a de plus pratique.
Il me faut quand même un bon gros quart d’heure pour casser un bol de noisettes (un bol quand elles sont dans leurs coquilles, à peine un tiers après…), dont certaines finissent un peu écrabouillées. Je commence à me réjouir d’avoir si bien réussi, lorsque ma moitié arrive et insiste pour qu’on les épluche ‘vraiment’ (c’est-à-dire : qu’on enlève aussi la petite peau marron, parce que c’est un peu amer…). Soit… A côté de ça, le cassage des coquilles passait presque pour une partie de plaisir ! Mais bon, encore une fois, en prenant son mal en patience, et en laissant tremper les noisettes (débarrassées de leur coquille) dans un bol d’eau bouillante, on finit par venir à bout de la peau, et obtenir deux belles petites poignées de noisettes bien blanches !

Une fois les noisettes prêtes, le reste se fait presque tout seul : il n’y a qu’à mettre une demi-tablette de chocolat (100g) et une bonne boule de beurre (100g) à fondre au bain-marie, à y ajouter du lait concentré sucré (100g) et les noisettes mixées (50g), à bien mélanger le tout pour obtenir une pâte homogène, et à laisser refroidir en pots. Ah, non, j’oubliais : il faut aussi lécher les plats et la cuillère ! Parce que ce serait dommage d’en laisser…

Dès le lendemain matin, on peut se faire un bon petit déjeuner plein d’énergie en tartinant cette pâte au chocolat et aux noisettes sur des bonnes tranches de pain aux noix et aux amandes ! Oui, il fallait aussi que je songe à finir les restes de la nogada du week-end passé… A noter que pour ce pain là, au lieu de n’utiliser que de l’eau, j’ai mis environ deux tiers de lait entier et un tiers d’eau, ça donne un pain un peu plus brioché.
En tous cas, le résultat donne envie d’investir dans un bon vrai casse-noisettes pour refaire ça plus souvent !

Pain aux noix et Nutella maison

Pain aux noix et Nutella maison

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¡Viva México!

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Le 15 Septembre, au Mexique, c’est la fête nationale. Donc, en théorie, quand on a une moitié à moitié mexicaine, c’est un quart de fête nationale à la maison. Et pour la fête nationale mexicaine, à part crier ¡Viva México!, en théorie, on cuisine des chiles en nogada (traduit mot à mot, ça serait des « piments en sauce aux noix »). Pour décrire ça rapidement, il s’agit de gros piments, farcis d’une garniture avec de la viande hachée et des fruits, enrobés d’une pâte à beignets et frits à la graisse, puis recouverts d’une sauce à base de crème et de noix, et décorés avec des graines de grenade bien rouges et des feuilles de persil ou de coriandre bien vertes (avec la sauce, ça donne les couleurs du drapeau mexicain). Simplissime, quoi. L’équivalent de notre bon steack haché frites. Ce 15 Septembre, l’objectif fut donc pour nous de préparer ce plat pour fêter dignement l’indépendance mexicaine. Enfin… En tous cas, essayer de le préparer, avec les moyens du bord…

On aurait tendance à penser qu’un plat national serait soumis à tout un tas de règles très strictes, et qu’il n’en existerait qu’une seule et unique version officielle. Mouahaha. Que nenni ! Il y a à peu près autant de recettes officielles de chiles en nogada au Mexique que ce qu’il peut y avoir de recettes officielles de bacalhau au Portugal. Autant dire qu’il y en a quasiment une par famille. Après tout, c’est censé être la fête de l’indépendance, alors il faut bien faire comme bon semble à chacun, non ? Seulement, en voyant toutes les recettes disponibles à droite à gauche (et leur complexité, qui reste à peu près la même d’une recette à l’autre), d’aucuns auraient pensé que boudiou, ils n’arriveront jamais à faire des chiles en nogada qui ressemblent aux vrais qu’on mange là-bas. Moi, au contraire, je me suis dit que peu importe ce que j’y mettais et comment je préparais, je pourrais toujours me rattraper en expliquant aux invités, si mexicains fussent-ils, que j’ai utilisé « ma » recette officielle. Et pan !

J’ai donc farfouillé un peu sur la toile pour comparer différentes recettes et dresser une première liste d’ingrédients à aller chercher.
Déjà, c’est la base, pour des chiles en nogada, il faut des chiles (des piments). En l’occurrence, des chiles poblanos, une variété de piments relativement doux (pourvu qu’on en enlève bien les pépins). Comme je m’y suis pris un peu à la dernière minute, je me suis plutôt résolu à les remplacer par des poivrons verts, et à épicer un peu le reste du plat.
Ensuite, pour la garniture, il faut (comprendre : ce que j’ai choisi d’utiliser parmi les maintes recettes, parce que ça a quand même l’air d’être des constantes, même si les proportions varient d’une recette à l’autre) : de la viande hachée (selon les recettes, ça varie de 100% pur porc à 100% pur veau, en passant par tous les mélanges possibles et imaginables), un oignon (haché finement), quelques tomates (pelées et épépinées), de l’ail, des raisins secs, des amandes (émondées et broyées mais pas trop finement, pour que ça fasse des petits morceaux croquants), des pêches, des poires, de la cannelle, des clous de girofle, du thym, de l’origan, du saindoux, et… de l’acitrón (de la pulpe de cactus confite). Et ça, pour s’en procurer, je pense que même en s’y prenant à l’avance, faut être sacrément motivé. Il paraît que ça peut se remplacer par de l’ananas confit. Mouais. J’étais pas convaincu, donc j’ai préféré faire sans.
La garniture, une fois passée l’épreuve du shopping, c’est ce qu’il y a de plus simple à faire. On fait revenir l’oignon dans le saindoux, on y ajoute la viande hachée (j’ai pris un mélange moitié porc – moitié veau) avec un peu de sel et de poivre (et de piment, dans mon cas), puis les raisins secs (une bonne poignée) et les tomates pelées (j’ai eu la flemme d’épépiner…), puis le thym et l’origan (ou marjolaine), puis les amandes, puis la cannelle et un clou de girofle broyé. Une fois qu’on a fini d’ajouter tout ça, en théorie, c’est cuit. Y a plus qu’à enlever du feu, et à ajouter une poire et une pêche coupées en petits dés (sans mettre à cuire, mais en couvrant pour que ça reste chaud), et le tour est joué.

On monte ensuite d’un niveau. Normalement, les piments, il ne faut surtout pas les utiliser tels quels, même s’ils sont doux. Il faut les peler et les épépiner. En les gardant entier, parce qu’il faut les farcir. Soit. Faisons donc pareil avec les poivrons, tiens ! Mettons les quelques minutes sous le gril du four, enfermons les dans des sacs plastiques (propres) le temps qu’ils tiédissent, et pouf, la peau s’enlève (presque) toute seule. Il ne reste plus qu’à les ouvrir dans le sens de la longueur en faisant une petite fente, et à en retirer tous les pépins, et hop, on peut passer au farcissage (on dit farcissement ?) ! Que demande le peuple ? Ah, oui. De ne pas laisser trop longtemps dans le four ou dans le sac en se disant que comme ça, la peau sera encore plus facile à enlever. Sinon, la chair des poivrons se ramollit, et là, pour les garnir de farce, c’est moins drôle. Mais bon, on s’en sort quand même, hein !

Si on a fait l’erreur de trop faire ramollir les poivrons/piments, on continue donc de monter en difficulté au moment de farcir, puis au moment de les enduire de farine. Oui, pour les enduire de pâte à beignets, c’est un peu comme si on voulait les paner. Je dis bien « un peu ». Parce qu’il ne faut surtout pas se contenter de les tremper dans la farine puis dans de l’œuf battu en se disant que ce sera quasiment pareil mais en plus simple (ou en écoutant les demi-mexicaines qui m’entouraient ce jour-là, en l’occurrence ma moitié et sa sœur, pour qui l’expression « mélanger les oeufs comme pour un beignet » parle d’elle-même). Non non non. Sinon, ça donne un résultat particulièrement moche (mais qui a le mérite de faire marrer les demi-mexicaines qui n’ont jamais rien vu d’autre que des chiles en nogada tout beaux tout parfaits fait avec leur grand-mère qui, comme toutes les grand-mères, s’y connaît bien. Bon, je dis ça, mais les seuls que j’ai vu avaient été préparés par des religieuses, comme le voudrait la tradition). Donc, il ne faut pas se contenter de battre les œufs comme pour une omelette : il faut d’abord séparer les blancs des jaunes, monter les blancs en neige avec une pincée de sel, mélanger les jaunes avec une petite cuillerée de farine, et les incorporer délicatement aux blancs. Et là, normalement, ça marche mieux : quand on y trempe les chiles, ça tient bien autour. Et on se sent prêt à passer à l’étape suivante…

Et l’étape suivante, c’est la friture (au Mexique, ils parlent de « capear los chiles », ce qui ne se traduit pas mot à mot, à moins de dire « faire frire enrobé de pâte à beignets »). Et je n’aime pas du tout faire frire des trucs chez moi à la poêle et à l’huile. Oui, parce qu’on s’était retrouvés à court de saindoux quelques jours avant, et que mon père ne montait nous réapprovisionner qu’une semaine plus tard. Et frire au saindoux, je trouve que ça pue moins et ça en fout moins partout qu’à l’huile. Allez savoir pourquoi. Probablement parce que c’est de la graisse des cochons du jardin familial, qui sont (relativement) calmes et qui n’ont pas trop l’habitude de sauter partout. Surtout une fois mis en bocaux, mais c’est une autre histoire… Bref, toujours est-il que je n’aime pas faire de la friture à l’huile, mais que là j’ai dû m’y résoudre, et que finalement je fais ma chochotte mais je m’en suis pas si mal sorti parce que ça avait quand même de la gueule en sortant de la poêle ! Sauf que…

Sauf que les chiles en nogada, ça se sert pas tels quels, simplement « capeados » (frits enrobés de pâte à beignets…). Même si on les a super bien capeé. Non, il faut les recouvrir de la couche ultime : la nogada. Pour ça, on prend des noix (si possible fraîches, pour en enlever plus facilement la petite peau marron et obtenir une nogada vraiment blanche), des amandes émondées, de la crème, du lait concentré (ou du fromage crémeux), et on mixe le tout très finement. Si on fait ça avec un simple mixer, on se retrouve avec des mexicain(e)s qui disent que « c’est pas censé avoir cette texture. Ni ce goût, en fait ». Si on fait ça avec un blender qui mixe plus fin, il paraît que c’est mieux. Sinon, on peut faire ça sans mexicain(e)s dans la salle, mais ça perd quand même une grande partie de son intérêt… Donc on prépare la nogada en mixant tout ça, on en verse sur les poivrons pour bien les recouvrir, et pour bien noyer sous une couche blanche informe la fierté qu’on avait d’avoir bien réussi à les capear. Puis, histoire d’atténuer un peu l’effet, on met un petit coup de perlimpinpin : des graines de grenade et des feuilles de persil. Et là, tout le monde dit « Wahou c’est trop beau ! », et on se dit qu’on aurait tout aussi bien pu capear n’importe comment, personne n’aurait rien remarqué, et on s’en veut un peu de s’être donné tout ce mal pour rien. Puis bon, on finit par goûter le plat, en buvant un peu de tequila, de michelada (de la bière avec du sel, du citron et du piment. Oui, au Mexique, tout est vachement meilleur « con sal, limón y chile ») et/ou de vin rouge (en l’occurrence, un Pic St Loup, ça passe bien avec le sucré – salé – épicé, et ça rappelle un peu qu’on n’est pas complètement au Mexique…). Et on en vient vite à ne plus penser qu’à savourer. Parce que même si on ne voit pas que c’est bien capeé, et même si ce n’est pas 100% Mexican-approved, c’est quand même bon, et on est quand même contents d’avoir un truc à fêter pour avoir l’occasion de s’éclater en cuisine et à table !

Chiles en nogada

Chiles en nogada

Un poivrot, des poivrons…

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Depuis quelques temps, j’écume différents bars à vins de la capitale à la recherche de lieux intéressants, où déguster des bons produits dans une ambiance agréable. Mon dernier coup de cœur, La Belle Hortense (dans le Marais) a été assez fort, tant le lieu dispose d’à peu près tous les atouts qui m’attirent :
– un choix de vins originaux, ni trop réduit (il y a de quoi passer une longue soirée à tester différents rouges), ni trop large (je ne supporte pas les cartes longues de 3km, où on ne sait jamais quoi choisir, et où on a finalement l’impression qu’il n’y a rien d’exceptionnel ni d’original dans les produits présentés)
– de la nourriture excellente : le bar à vins dépend du restaurant Les Philosophes, dont le patron, Xavier Denamur, est un fervent défenseur de la bonne bouffe et de la bonne restauration. Les produits utilisés sont pour la plupart de succulents produits du terroir (moi qui n’aime généralement ni pâté ni rillettes, j’en commande en quantité quand je vais là-bas !), et le pain est excellent (c’est un de mes premiers critères de décision pour savoir si je rentre ou non dans un resto…)
– un service naturellement agréable et souriant. Dès la première fois, on a presque l’impression d’être traité comme un habitué. Et en sortant, qu’on ait discuté ou non avec la serveuse ou le serveur, on a presque envie de leur faire un câlin tant ils contribuent au bien-être qu’on ressent dans leur bar. Et ça, à Paris, c’est quand même rarissime !
– l’agencement et le confort du lieu. En fait, la salle est en 2 parties. Une partie bar, à l’entrée, où restent la plupart des clients. Et une petite salle cosy au fond, avec des canapés, où j’ai été plus souvent seul que tassé. Mais surtout, il y a une grande librairie sur toute la longueur et toute la hauteur de la salle (juste d’un côté des murs. de l’autre, y a une expo, qui change régulièrement), et on peut soit se contenter de feuilleter les bouquins en buvant tranquillement son verre de vin, soit les acheter pour les finir à la maison (idem pour les bouteilles de vin, disponibles à la vente à emporter, moins chères que sur place)
– et le prix, d’ailleurs ! Bon, ok, c’est pas non plus un truc bon marché, mais compte tenu de la qualité des produits servis, le rapport qualité/prix est, à mes yeux, très très bon ! Mais même sans ça, le lieu vaudrait vraiment le détour tellement on y est bien et tellement c’est bon !

Bref, mais pourquoi faire une super pub élogieuse d’un bar à vins sur un blog où, normalement, j’essaie d’écrire à propos de plats réalisés par mes petits soins ? Tout simplement parce qu’à ma dernière visite à La Belle Hortense, le serveur m’a fait goûter un vin qui m’a inspiré… Enfin, un vin… Officiellement, c’est « une boisson à base de vin » : c’est du Pimençon, un Jurançon dans lequel a mariné un piment d’Anglet (piment doux). Une idée d’Alain Darroze, un chef basque. Et ma foi, le résultat est particulièrement sympathique ! Comme ma moitié n’était pas avec moi le jour où j’ai découvert ça, et que je me doutais qu’elle aimerait (forcément, c’est un vin doux…), j’ai décidé de lui en rapporter une bouteille.

De retour à la maison, elle n’a même pas voulu attendre une occasion particulière pour ouvrir la bouteille (un apéritif, un plat qui se marie avec, des invités, ou n’importe quoi du même acabit) : « Ouais, trop bien, on l’ouvre tout de suite ! ». Bref, elle a aimé. Et quand on a eu fini la bouteille (assez rapidement, en fait, ça se descend très bien !), elle m’a simplement proposé d’utiliser le piment restant au fond de la bouteille dans un poulet basquaise. « Parce que ça se fait pas de le jeter, le pauvre ! Et en plus ça fait longtemps qu’on a pas mangé un poulet basquaise ! Et puis je crois qu’il reste aussi des poivrons à finir, faut juste qu’on achète du poulet ! ». Soit.

On a donc attendu le marché pour acheter deux belles cuisses de poulet. Accessoirement, le maraîcher avait des petits piments sur son étal, et quand on lui a demandé à quel point ils piquaient, il nous en a offert deux en nous disant « Tenez, vous verrez ! ». Avec plaisir, d’autant que le poulet basquaise sera une excellente occasion de les utiliser !
De retour à la maison, je me lance donc dans la préparation. J’émince un oignon, que je fais revenir à la cocotte avec une noix de beurre. Quand il commence à dorer, je l’arrose avec une petite tasse d’eau bouillante dans laquelle j’ai dissous un cube de bouillon de poule. Je laisse réduire, et je dispose mes deux cuisses (de poulet) au fond de la cocotte, où je les fais dorer quelques minutes sur chaque face (en commençant côté peau). Pendant ce temps, je mets des petites pommes de terre à cuire à l’eau, pour l’accompagnement. J’ajoute ensuite dans la cocotte un poivron coupé en petits dés, une gousse d’ail écrasée, le piment de la bouteille de Pimençon et un des deux piments du maraîcher hachés très finement. Je laisse cuire à feu moyen pendant une dizaine de minutes, en retournant régulièrement les morceaux de poulet, et en ajoutant un peu de vin blanc (Chardonnay) dès que ça commence à attacher un peu trop. Comme la sauce (oignon – poivron – piments) ne m’a pas l’air suffisante en quantité une fois que le poivron a un peu réduit, j’y rajoute une tomate coupée en petits dés, et j’en profite pour aromatiser avec mon mélange d’herbes séchées (principalement thym – marjolaine – sarriette). Je continue à retourner les cuisses, et comme, au bout de dix minutes, les légumes commencent à vraiment accrocher (alors que la viande n’est pas complètement cuite), je verse un fond d’eau pour déglacer, et je laisse finir de cuire pendant cinq bonnes minutes. Au moment de servir, je racle bien le fond de la cocotte pour détacher et mélanger la sauce, qui est un peu épaisse et légèrement caramélisée. Il ne me reste alors plus qu’à égoutter mes patates et à tout disposer dans les assiettes avant de servir.

Poulet basquaise

Poulet basquaise

Finalement, c’était peut-être le meilleur poulet basquaise que j’aie mangé (le fait que je n’en mange pas très souvent a certainement aidé, mais chut !). A un seul détail près : pendant tout le repas, ma moitié n’a pas arrêté de me demander si j’avais ajouté de la cannelle ou de la muscade, parce qu’elle était persuadée d’en sentir, et qu’elle trouvait que ça relevait le goût juste comme il fallait pour que ce soit délicieux. J’ai donc passé tout le repas à me demander si j’avais déjà trop bu avant de commencer à préparer (et j’aurais donc pu ajouter des épices sans m’en rendre compte), si ma moitié avait trop bu avant de commencer à manger (et elle aurait donc pu sentir des parfums qui n’existaient pas), ou si, effectivement, le mélange des saveurs pouvait produire cet effet. La réponse, c’est qu’on s’en fiche un peu… Du moment que c’est bon !

Il faut bien s’occuper…

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L’autre soir, j’avais un peu la flemme de cuisiner. Le fait qu’il n’y ait pas grand-chose dans les placards n’aidait pas. A part les incontournables des placards (pâtes, riz, semoule, ail, huiles, herbes, etc.), il n’y avait pas grand-chose de plus qu’un sac de haricots verts frais, des restes de jambon de pays d’un précédent pique-nique, un demi-oignon, et un vieux poivron en fin de vie. Comme j’avais déjà mangé du riz à midi, je me suis quand même résolu de mettre un peu de légumes au menu du dîner. En l’occurrence, des haricots verts.
Ma moitié ayant un coup de fil à passer avant de passer à table, je me lance une petite vidéo pour me distraire tout en équeutant mes haricots. Cela fait, je les jette dans une casserole d’eau bouillante salée, en me disant qu’on les mangera natures. Cinq bonnes minutes plus tard, au moment d’égoutter les haricots, je demande à ma dulcinée dans combien de temps elle sera prête à passer à table : « Bientôt, bientôt ! ». Mais pas encore, quoi. Du coup, j’en profite pour émincer le demi-oignon et écraser une gousse d’ail, et les mettre à revenir dans un peu d’huile d’olive, avec quelques gouttes d’huile pimentée. Histoire de donner un peu de goût aux haricots sans trop me fatiguer : j’aurais qu’à ajouter les haricots dans la poêle au dernier moment, pour les réchauffer et bien les mélanger à l’oignon et à l’ail.

En attendant, dans le salon, rien de nouveau : la conversation n’a pas encore l’air de vouloir se terminer. Comme j’ai pas grand-chose d’autre à faire en attendant (et que je n’ai aucune idée du temps que ça prendra), je m’occupe en découpant le vieux poivron en lanières, que je mets à cuire dans un fond d’eau bouillante salée. Pas le meilleur moyen de cuire un poivron, certes, mais au moins ça va assez vite, si jamais on devait bientôt s’attabler… Sauf que vraisemblablement, le bientôt en question n’est pas pour bientôt. Comme les oignons commencent à sécher dans la poêle à côté, j’y verse un petit fond de vin blanc que je laisse réduire. Tant que j’y suis, je fouille aussi le placard à la recherche de quelques herbes à ajouter. Un peu de thym, un peu de persil, ça devrait suffire à aromatiser un peu plus sans trop dépareiller. Puis je me dis que quitte à vider le frigo et les placards des derniers restes, je vais aussi utiliser le jambon. Et quitte à m’occuper, plutôt que de juste déposer les tranches en vrac dans un plat, je vais m’en servir pour ficeler des petits fagots de haricots verts, au milieu desquels j’aurais caché quelques lanières de poivron. J’aurais plus qu’à les recouvrir avec les petits oignons au moment de servir, et ça devrait avoir de l’allure !

Dix minutes plus tard, j’ai aligné 7 jolis petits fagots dans un plat. Problème : ils sont tièdes, maintenant… Comme, à côté, la conversation a enfin l’air d’être sur le point de se terminer, je mets le four à chauffer rapidement pour y mettre mes fagots une ou deux minutes (suffisamment pour les réchauffer, mais pas trop pour éviter de faire cramer le jambon). Pendant que le four préchauffe, je commence à apporter sur la table les couverts, les verres et une bouteille de vin (pas les assiettes, que je finirai de préparer en cuisine). Et en ouvrant le frigo pour en sortir le vin (un bête Chardonnay), je tombe nez à nez avec un vieux bout de parmesan qui devait traîner là depuis des mois. Le bougre doit être un peu fort, mais je me dis que ça devrait pas aller trop mal, ajouté en petits copeaux sur les fagots. Le temps que le plat chauffe, je coupe donc le parmesan en copeaux. Comme il est bien sec, ça se fait tout seul, et 2 minutes plus tard, je suis prêt à sortir les fagots du four, à les disposer dans les assiettes, et à les saupoudrer de parmesan et d’oignons.

Fagots de haricots verts

Fagots de haricots verts

Synchronisation parfaite : je dépose les assiettes sur la table au moment ou ma chère et tendre raccroche. Elle est toute surprise de tomber nez à nez avec une jolie préparation, alors qu’elle se rappelait m’avoir entendu dire que je n’avais pas envie de cuisiner et qu’elle pouvait s’estimer heureuse si déjà je faisais cuire des haricots à l’eau. Quant à moi, je suis finalement content d’avoir passé une petite demi-heure en cuisine (c’est toujours mieux que de s’ennuyer devant l’ordi…), et tout aussi content d’avoir épuisé les derniers restes. Bon, et j’avoue, je suis aussi content du résultat, parce que non seulement ça a de la gueule, mais en plus, c’est bon et équilibré ! Que demande le peuple ?

Changement de programme !

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L’avantage d’aller au marché tard, c’est qu’il y a souvent plein de bonnes petites promos, surtout chez le poissonnier. Les inconvénients, en revanche, peuvent être gênants.
Le premier problème se pose quand on vient sans savoir précisément ce qu’on veut. Il peut en effet devenir difficile de se décider face à 2 promos particulièrement intéressantes. Par exemple, quand on s’est juste dit « ça serait sympa de se faire du poisson ce midi ! » et qu’on se retrouve à devoir faire un choix entre les 2 bars à 8 euros ou les 4 soles à 10, c’est pas évident… A pile ou face, on se décide finalement pour les bars, en se disant que la sole y passera la semaine prochaine.
Le deuxième problème se pose toutes les semaines suivantes, quand on sait trop précisément ce qu’on veut. Parce que les stocks ne sont pas les mêmes toutes les semaines, et que quand on arrive tard, le dernier exemplaire du produit qu’on convoitait peut s’envoler juste sous nos yeux. Comme ces satanées soles : une fois, au moment où on arrive au marché, il n’y en a déjà plus du tout. La fois suivante, il y en a encore une bonne quantité, mais les poissonniers n’ont pas encore commencé à les brader. On se dit alors qu’on va d’abord faire le reste des emplettes et revenir un petit quart d’heure plus tard… Sans s’imaginer que la famille nombreuse ou le resto du coin allait décider pile poil ce jour là de servir de la sole, et en embarquer 10 kilos d’un coup. Et la fois d’après, miracle, il reste exactement 2 soles sur l’étal, vendues 6 euros. On se dit que c’est notre jour de chance, on fait la queue en croisant les doigts pour que tous les clients de devant choisissent autre chose. On se réjouit quand le client juste avant nous se contente de crevettes. Et on enrage quand, notre tour venu, la poissonnière demande « C’est à qui ? », que quelqu’un arrive de nulle part et sort « A moi. Je vais vous prendre les soles, là. ». S’il y avait eu un espadon sur l’étal, je crois que je l’aurais attrapé pour embrocher l’importun avec. Ou des oursins, pour lui fourrer dans les vêtements. Ou des crabes, pour lui arracher la langue avec leurs pinces. Ou n’importe quoi de suffisamment gros et contondant pour l’en assommer. Mais non, il ne restait sur l’étal que ces 2 soles, qui se sont envolées sous nos yeux.

Avec politesse et retenue, on a donc pris ça comme un signe du destin : ce n’était probablement pas le moment de poêler des soles. Il y avait certainement un autre plat qui nous attendait, et conviendrait encore mieux à ce jour. On s’est donc rabattus sur notre volailler, juste en face du poissonnier. Bon, bien entendu, comme il commençait déjà à se faire tard, il n’avait plus grand-chose en stock. Et comme, avouons-le, après avoir tant salivé sur les soles, cette fin en queue de poisson avait envoyé glisser nos envies de cuisiner à terre. On a donc visé simple, et commandé un demi-poulet rôti, avec des patates cuisinées. Déjà tout chaud, tout prêt à consommer. « Et avec ça, je vous mets quoi ? Si vous voulez, on fait les 4 coquelets à 12 euros ! ». Ah ? Tiens, oui, pourquoi pas ? Comme on héberge une amie toute la semaine, faut bien prévoir de manger un peu aussi… « Allez, soyons fous, 4 coquelets ! Et puis un peu de farce de volaille, on se fera des légumes farcis après ! Un peu plus, même, au pire on congèlera pour plus tard ! Oh, et puis si vous avez des carcasses, mettez nous en un peu aussi, pour faire un bouillon ! Et puis… Et puis… Euh… ça sera déjà pas mal comme ça ! Merci ! ». Comme quoi il suffit de pas grand-chose pour raviver les envies de cuisiner…

Bon, en revanche, comme on a déjà le poulet rôti pour le midi, et une invitation pour le soir, on est bien obligé d’attendre le lendemain soir pour s’atteler à ces petits coquelets. Je quitte le boulot un peu en avance exprès pour l’occasion, histoire d’être sûr d’avoir le temps de leur faire leur affaire. Et surtout, de décider comment les préparer… Moi, je veux les cuire en sauce à la cocotte. Ma moitié les veut rôtis. L’invitée s’en fout, elle est sûre que de toute façon ce sera bon. Mais histoire que tout le monde soit content, je me dis qu’on va faire à la fois en sauce (le début de la cuisson) puis rôtis (pour avoir une peau bien grillée !).
Je commence donc par préparer un bouillon avec les carcasses de poulet et les restes du poulet rôti de la veille : je mets tout dans la cocotte avec quelques feuilles de laurier, une grosse branche de thym, un oignon, et une vieille tomate qui commençait à ne plus être très présentable. Je laisse bouillir assez vivement pendant une dizaine de minutes, puis je laisse à feu plus modéré le temps de préparer le reste et de papoter un peu (une bonne grosse demi-heure). A côté de ça, je prépare de quoi enduire et farcir les coquelets : pour l’extérieur, un mélange miel – coulis de tomates – bouillon cube, que je fais réduire quelques minutes pour que ce soit assez épais pour bien se badigeonner ; pour l’intérieur, des restes de pain sec frottés à l’ail et trempés dans un petit suisse mélangé avec des herbes (estragon, thym, sarriette, marjolaine) et une petite cuillerée du mélange miel – tomate. Je laisse ensuite mariner les coquelets ainsi farcis et enduits, le temps de finir de m’occuper du bouillon.
Je sors tous les os de la cocotte, en essayant d’en détacher toute la viande. J’en sors également les feuilles de laurier et la branche de thym, puis je mixe ce qui reste dans la cocotte (bouillon, viande, oignon, tomate). J’ajoute un peu de farine pour épaissir le tout, et j’y mets mes 4 coquelets à cuire à feu moyen et à couvert.

Pendant ce temps, on prend tranquillement un petit apéritif et une entrée. Au bout d’environ 45 minutes, je retourne en cuisine pour sortir les coquelets (déjà quasiment cuits) de la cocotte, les transférer dans un plat allant au four, et les enfourner une bonne dizaine de minutes à 250°C pour les faire dorer. J’en profite pour mettre à réchauffer ce qui nous restait de patates du repas de la veille, en leur ajoutant quelques cuillerées de la sauce dans laquelle a cuit la volaille et quelques croûtons aillés. Et une fois tout ça prêt, j’apporte à table le plat avec les coquelets, le plat de patates avec les croûtons, et un grand bol plein de sauce.

Ma moitié est ravie, parce que la peau est croustillante comme elle l’aime (voire même meilleure, parce que non seulement la peau a caramélisé, mais la sauce a également formé une petite croûte succulente !). Je suis content aussi, parce que la viande est extra tendre et savoureuse avec la cuisson en cocotte, et qu’en plus il y a une sauce pour accompagner le tout (surtout pour y tremper les croûtons aillés : c’est à se damner !). Et notre invitée est comblée, tout simplement parce que c’est bon.
Et puis l’avantage des coquelets, en plus du fait que c’est plus tendre qu’un simple poulet, c’est que ça fait juste la bonne quantité pour une personne, et qu’on n’est pas obligé de se battre pour savoir qui prendre le blanc et qui prendra les cuisses : tout le monde y trouve son compte. Sauf au moment de se partager le quatrième coquelet…

Coquelet rôti

Coquelet rôti

Et le lendemain, pour finir le reste de sauce, on l’ajoute à une plâtrée de pâtes qu’on met ensuite à gratiner au four… Un régal de plus !

Expérience professionnelle…

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D’habitude, quand je rentre du boulot, j’ai plutôt tendance à penser à la soirée qui m’attend qu’à la journée qui vient de passer. Mais quand un collègue me provoque en commençant à parler bouffe et cuisine dès le petit matin, forcément, ça influe un peu sur mes pensées dans le trajet du retour. Surtout que le loustic m’a mis l’eau à la bouche en me parlant de son fameux pain de viande.
D’habitude, quand j’ai des restes, j’ai plutôt tendance à les passer en soupe, en gratin, voire éventuellement en pudding. Mon collègue, lui, mélange ça avec de la viande hachée (crue), et lie le tout avec quelques œufs. Restes de ratatouille, quignons de pain râpés, parfois aussi des restes d’un plat de viande, tout (ou presque) peut y passer. Le résultat, servi chaud ou froid, ressemble globalement à une bonne terrine. Bon, en gros, ce qui m’attire surtout là-dedans, c’est ce concept de viande garnie de viande (de la même manière que la tourte aux pâtes m’attirait pour le concept de pâte garnie de pâtes…) : que ce soit bon ou non, il y a un côté excessif qui me plaît et me donne envie d’en faire l’expérience, juste pour voir.

Du coup, moi, dans mon métro, ce soir-là, j’essaie d’imaginer ce que je pourrais mettre de bon dans mon pain de viande. Arrivé à la maison, je continue mon petit brainstorming en fouillant un peu dans les placards. Et là, miracle, je retombe sur un paquet de cèpes séchés que des amis lituaniens nous avaient offerts (en échange du gîte et du couvert) l’été passé. Rien de mieux en effet que de les réhydrater dans un tas de viande ! Pour le reste, finalement, pas besoin de grand-chose : un peu de vieux pain râpé, de la sauge, probablement un oignon revenu à la poêle (dans un fond d’huile d’olive aux cèpes et à la sauge que j’avais mis à mariner quelques semaines plus tôt), et le tour devrait être joué ! Ne manque plus qu’à acheter la viande hachée…

Le week-end venu, je me mets aux fourneaux après avoir acheté un mélange à mon boucher un mélange de bœuf et de veau hachés. Je mets le four à préchauffer à 180°C. Je laisse tremper dans un mini fond de bouillon de bœuf une petite poignée de cèpes séchés et une dizaine de feuilles de sauge hachées (j’en avais fait sécher tout un paquet après ma dernière visite chez ma grand-mère…). Je mets mon oignon émincé à revenir avec l’huile aromatisée et une pincée de sel. Je râpe un bon gros quignon de pain Comme c’est du pain maison, la chapelure obtenue n’est pas parfaitement fine, donc je tamise rapidement et je mets les plus grosses miettes à tremper quelques minutes avec les cèpes et la sauge. Le tout devrait de toute façon finir par se réhydrater à la cuisson. Pour terminer, je mélange tout dans un saladier : la viande, l’oignon, la chapelure, les cèpes et la sauge. J’ajoute 3 œufs, puis une bonne grosse cuillerée d’huile d’olive aromatisée et une autre d’huile nature (comme la viande que j’ai achetée n’est pas très grasse, j’ai peur que le résultat soit sec). Je verse la préparation dans un moule beurré, et j’enfourne pour au moins 45min. Comme je crains encore que ce soit sec, je prépare vite fait une petite sauce (un mélange avec du coulis de tomates, de la confiture de vin, un peu du vinaigre d’un bocal de piments doux mexicains, du sel et du poivre), et je pars bouquiner un peu pendant qu’elle réduit et que le plat cuit.

Pas la peine de mettre une minuterie ou une alarme pour me tirer de ma lecture : le parfum qui monte de la cuisine est largement suffisant pour me rappeler qu’il y a quelque chose au four ! Je passe donc les 5 dernières minutes de la cuisson en extase devant le four, à me délecter de la seule odeur que dégage le plat.
Et une fois servi, en apéritif / entrée, avec un petit Pomerol et quelques tomates cerises, c’est encore meilleur ! Tellement bon, même tel quel, que j’en ai oublié ma sauce dans sa casserole…

Par contre, pour la prochaine fois, il faudra absolument que j’essaie de le garnir avec des légumes (un fond de ratatouille un peu caramélisé), des pâtes (un reste de gratin de macaronis, par exemple) ou de la viande (miam, avec des restes de confit !!). Parce que bon, à la base c’était quand même ça qui m’avait donné envie de faire ce fameux pain de viande…

Il était une fois…

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Tous les plats ont leur petite histoire, mais dans le cas de celui-ci, elle est longue et compliquée ! Je vais donc essayer d’y mettre un peu d’ordre…

Situation initiale : en voyage au Portugal…

Nous batifolions en région toulousaine, et allions très prochainement devoir amorcer notre retour sur Paris. Quelle ne fut pas notre stupéfaction lorsque nous constatâmes que les billets retour (fussent-ils destinés à un voyage en train comme en avion ou en calèche) étaient scandaleusement hors de prix ! Heureusement, grâce aux progrès de la technologie, nous sommes de nos jours envahis par la publicité à chacune de nos errances dans le monde virtuel : cette délicieuse m’a ainsi conduit jusqu’au site d’une compagnie aérienne qui proposait des vols Toulouse – Porto pas chers, et des vols Porto – Paris pas plus onéreux. Je sors ma calculatrice mentale, et celle-ci m’affiche fièrement qu’un séjour d’une semaine dans la région de Porto pourrait nous faire économiser la modique somme de vingt euros et quarante quatre centimes sur le coût du transport. Je m’écrie donc « Chouette ! », et commande immédiatement les billets en question.

Quelques jours plus tard, nous voilà atterris à Porto. Tous ravis que nous étions d’avoir économisé vingt euros et quarante quatre centimes, nous nous emportâmes un tantinet de trop et nous dîmes « louons une voiture et allons nous remplir la panse et nous enivrer gaiement dans la vallée du Douro ! En plus, c’est classé au patrimoine mondial de l’Unesco ! »
Il ne nous prit pas plus d’une journée pour comprendre l’origine du classement de ce site : oui, bien entendu, c’est beau, c’est magnifique, ça mérite qu’on s’arrête après chaque virage (et ils sont nombreux) pour prendre une photo ; oui, il y a également toute une tradition historique dans la culture de la vigne qui s’est remarquablement bien conservée ; mais bon sang, c’est surtout qu’on y mange divinement bien (même dans les recoins les plus miteux), qu’on y boit d’autant mieux (même les vins vendus au restaurant à deux euros la bouteille sont excellents !), et que les gens sont accueillants ! Si j’avais été commissaire de l’Unesco responsable de l’évaluation de ce lieu, bien entendu que je l’aurais classé, même si ça m’aurait coûté un foie pour ne me rapporter que des crampes au sourire et des bourrelets jusqu’à l’auriculaire !

Vallée du Douro

Vallée du Douro – Portugal

Élément déclencheur : une dégustation de vins…

Au milieu de ce décor, nous naviguions donc gaiement d’un vignoble à un restaurant, d’un restaurant à une cave, d’une cave à une chambre d’hôtes au cœur d’un vignoble, etc. Chaque plat que nous goûtions était une nouvelle découverte, un nouveau régal. Chaque vin que nous goûtions nous amenait au même commentaire : « Hmmm, surprenant, délicieux ! ». Nous ne fûmes pas vraiment surpris d’apprendre que le Portugal était le cinquième producteur mondial de vin (en volume). En revanche, nous fûmes littéralement abasourdis par la diversité et la qualité des ces vins : d’un producteur à un autre, d’une parcelle à une autre, d’un cépage à un autre, chaque vin était une nouvelle surprise en bouche.

Puis vint un soir dans une quinta (propriété viticole), où le propriétaire nous offrit une bouteille de blanc et une bouteille de rosé à déguster sur place (en plus d’un verre de porto millésimé du 1983 dont le doux goût de noix reste en bouche pendant des heures et des heures). Les deux vins étaient bons, mais la palme revenait certainement à ce blanc : un Pedro Milanos 2011, de la Quinta Senhora de Graça. Pas forcément pour sa qualité (pourtant excellente !), mais plutôt pour son originalité : la moitié de ce vin a été vieillie en fûts de chêne pendant 2 ans, tandis que l’autre a subi une vinification plus « normale » pour un blanc. Le résultat s’avère particulièrement surprenant. Et bigrement difficile à décrire. Nous avons ainsi passé la bouteille entière a essayer de le qualifier, ou d’imaginer avec quels plats le marier. En vain. La truffe, les fèves, le crabe, et divers autres ingrédients semblaient pouvoir convenir, mais sans jamais nous convaincre pleinement. Notre hôte ne nous a pas été d’une meilleure aide, se contentant d’un laconique « c’est un vin blanc, buvez-le avec de la morue ou avec n’importe quel autre poisson ». Mais non. J’étais persuadé que ce vin appelait un ingrédient particulier pour se sublimer, et j’ai donc compromis le trajet de mon sac en cabine pour pouvoir en ramener une bouteille à la maison dans l’espoir de l’y marier au mieux.

Déroulement : l’heureux légume du hasard…

Pendant les deux semaines qui suivirent, j’entrepris ma quête de l’ingrédient parfait. A chaque fois que je sortais, j’épluchais le menu des restaurants où je passais pour essayer d’identifier un plat qui puisse convenir. A chaque occasion d’aller faire les courses, je faisais quatre fois le tour des rayons et des étals dans l’espoir que quelque chose me saute aux yeux. A chaque fois que j’avais un peu de temps libre chez moi, je retournais mon étagère de livres de cuisine et j’ouvrais des pages au hasard en croisant les doigts pour un coup de chance. Toujours en vain : rien ne m’inspirait suffisamment pour cuisiner avec ce vin. Petit à petit, j’en finis presque par oublier ma quête désespérée…

Finalement, un mois après notre retour du Portugal, j’avais archivé ce vin dans un coin de ma mémoire. Un autre évènement commençait en effet à monopoliser mon attention : on nous avait récemment offert un bon pour une nuit en Relais et Châteaux, et nous venions de réserver aux Deux Abbesses, en Auvergne. Parce que c’était sur notre route (encore un trajet Toulouse – Paris, mais en voiture cette fois-ci), parce que la tranquillité du lieu correspondait parfaitement à nos attentes du moment, et surtout parce que le restaurant proposait un menu 10 services et que la tête du chef nous inspirait ! Accessoirement, nous avions entendu que depuis l’arrivée de ce chef cette année, il était fort probable que le restaurant regagne l’étoile Michelin qu’il avait perdue. Alors pourquoi se priver d’aller goûter ça ?

Au moment du dîner, les plats se sont donc enchaînés sur la table, pour le plus grand plaisir des yeux, des narines et des papilles. Le point culminant aurait pu être l’agneau avec sauce aux poivrons, sauce aux anchois et caviar d’aubergine (pour la saveur et la tendresse incroyables de la viande et la perfection de sa cuisson comme pour l’accord succulent entre ces saveurs), s’il n’avait pas été suivi par un certain cabillaud avec artichauts et jus de prunes. Ce cabillaud, un peu fade en soi, m’a laissé tout le loisir d’apprécier la saveur d’un artichaut parfaitement préparé. Et là, ça a été la révélation. Dès la première bouchée, j’ai failli me lever et crier tout haut : « Bon sang, mais c’est ça ! C’est avec un p***** d’artichaut que ce satané vin doit s’accorder ! ». Et pendant tout mon plat, j’ai pu savourer à loisir ma trouvaille, essayer de me rappeler au mieux du goût et du parfum de ce vin blanc, et imaginer le mariage avec l’artichaut. J’avais beau avoir bu le vin plus d’un mois avant, son souvenir restait bel et bien intact. Et pour moi, il n’y avait aucun doute : je tenais mon ingrédient !

Les Deux Abbesses

Les Deux Abbesses : Depuis le jardin ; l’Agneau ; la Courgette

Dénouement : cet artichaut, il faut se le farcir !

Un ingrédient identifié comme ça, par un heureux concours de circonstances, c’est bien. Mais il restait encore à savoir comment le cuisiner. J’ai donc fouillé à nouveau dans ma bibliothèque, et, les recettes à base d’artichauts n’étant pas légion, j’ai vite fini par y glaner quelques idées. D’autant plus que certaines recettes l’associaient avec de l’huile d’olive parfumée à la truffe, d’autres avec des fèves, ce qui correspondait assez bien aux premières idées que j’avais eues au moment de la dégustation du vin. Finalement, c’est surtout l’idée de l’artichaut farci qui a retenu mon attention. Dans les différentes recettes que j’ai trouvées, les cœurs d’artichauts étaient garnis tantôt d’un mélange de légumes et d’herbe, tantôt d’un peu de poitrine fumée, tantôt parfumés à la truffe, etc. Mais dans mon esprit, l’artichaut farci ne se contentait pas d’être un bête cœur recouvert de garniture, il était aussi muni de son couvercle de feuilles, pour qu’au moment du service, il se présente comme un artichaut entier, jusqu’à ce qu’on découvre au milieu (à la place du foin) un mélange de plein de bonnes choses. En l’occurrence, des petites fèves, des oignons revenus dans de l’huile d’olive à la truffe, une pointe d’ail, quelques miettes de bacon, et un peu de chapelure.

Tout fier d’avoir trouvé mon idée de recette, j’entrepris d’aller acheter tous les ingrédients absents de mes placards. Mais au moment de faire la liste des courses, j’ai réalisé qu’il me manquerait un élément indispensable. En effet, à table, l’alliance parfaite inclut nécessairement, en plus du plat et du vin, un minimum d’invités avec qui partager ça. Sinon, aucun intérêt. Et comme nous n’avions rapporté qu’une seule bouteille de vin (faute de place), nous n’aurions droit qu’à un essai : autant ne pas se louper et inviter les amis qui seraient le mieux à même d’apprécier ce repas… Quitte à devoir attendre quelques semaines de plus pour avoir enfin une disponibilité commune avec les amis en question.

Finalement, le jour venu, une fois tous les ingrédients réunis (ou presque, puisque je n’ai pas réussi à trouver de quoi renouveler mon stock d’huile d’olive à la truffe), je me mets en cuisine assez tôt. Je commence à préparer mes artichauts (un par personne) : je leur casse la queue (ça enlève mieux les gros filaments que si on la coupe), j’enlève, au couteau, les feuilles de l’extérieur et tout le vert du bas de l’artichaut, et je les mets à blanchir une petite dizaine de minutes dans de l’eau bouillante salée et légèrement citronnée.
Pendant ce temps, je commence à préparer la garniture : j’émince un oignon que je mets à blondir dans ma cocotte avec un peu d’huile d’olive (aromatisée aux herbes, mais pas trop), je sale un peu, puis j’ajoute une gousse d’ail écrasée, une petite poignée de bacon haché finement et une bonne autre poignée de petites fèves. Dès que ça commence à attacher, j’arrose avec un peu de vin blanc (un fond de tariquet, c’est tout ce que j’avais d’ouvert) et je laisse réduire un peu à feu très doux.
Je reviens m’occuper de mes artichauts, que j’ouvre en deux un peu au-dessus du cœur. Je garde les feuilles de côté (en les attachant avec un bout de ficelle pour qu’elles se tiennent ensemble), et j’enlève tout le foin du cœur. Une fois mes quatre artichauts prêts, je sépare ma garniture en deux (parce que finalement, j’ai été un peu trop généreux sur mes poignées, et il y en a beaucoup…). J’ajoute un peu de chapelure à une moitié, que je répartis dans les fonds de mes artichauts, et j’ajoute un peu d’eau et de vin à l’autre moitié, que je laisse au fond de la cocotte. Je dispose alors les fonds d’artichauts dans la cocotte au milieu de la sauce, je les recouvre avec leurs feuilles, puis je laisse mijoter tout ça à couvert pendant une bonne heure.

J’annonce alors à ma moitié qu’on a un peu de temps devant nous avant que les invités arrivent et que tout soit cuit. Et la bougresse m’annonce qu’elle veut en profiter pour me faire une fumigation au thym pour me purifier les pores du visage. Diantre. Grâce à elle, j’ai réalisé qu’un peu de thym aromatiserait mon plat à merveille, et je m’empresse d’aller en ajouter un peu. Dans l’espoir secret que ça fasse aussi diversion et qu’elle en oublie son envie de me fumiger… Mais la bête est tenace, et exige que je me plie à sa volonté, en guise de remerciement de son « idée » d’ajouter du thym à ma préparation. Soit.

Situation finale : le verdict…

Mes pores sont purifiés (…). Les invités sont arrivés. Les artichauts finissent de cuire. Le vin sort du frigo. On en déguste un premier verre. On se raconte quelques anecdotes de nos vacances respectives. On commente le vin, qui est toujours aussi surprenant. On commence à avoir faim, aussi…
Avant d’apporter le plat à table, j’ouvre le couvercle de la cocotte pour vérifier que tout aille bien. Ayant encore le goût du vin en bouge, je prélève discrètement un petit bout d’artichaut avec sa garniture pour vérifier que le mariage est bon. Le vin relève le goût de l’artichaut sans le dénaturer, le reste du plat adoucit la petite pointe d’acidité du vin même s’il dénote un petit peu au niveau des saveurs. Ce n’est peut-être pas l’alliance parfaite, mais ça va vraiment bien ensemble. J’essaie d’imaginer ce que ça aurait donné avec de l’huile à la truffe, ou avec moins de fèves, ou sans bacon. Je m’interroge sur la façon dont Stéphane Gautier, le chef des Deux Abesses, s’y est pris pour que son artichaut ait à ce point une odeur et un goût d’artichaut, alors que le mien a l’air un peu plus quelconque. Je me demande comment j’aurais pu m’y prendre pour réussir à garder un plus gros volume de feuilles sur le dessus. Je m’en veux un peu de ne pas avoir pensé à saupoudrer la garniture d’un peu de persil, parce que ça aurait été plus joli. Je me dis que j’aurais dû les choisir moins gros, ou ailleurs, ou que ce n’était peut-être pas le bon moment de la saison. Je regrette de pas avoir préparé un petit truc en accompagnement, parce qu’au final, ça n’a pas l’air bien copieux. Puis bon, je me dis que c’est prêt, qu’on a faim, et que même si ce n’est pas parfaitement parfait, ce sera bon, et qu’on aura toujours d’autres occasion de faire ce plat, tel quel ou autrement.

Artichaut farci

Artichaut farci

Et finalement, quand les assiettes arrivent à table, le temps s’arrête. On regarde. On sent. On discute. On goûte. On déguste. On rit. On savoure.
Le vin n’est pas un grand cru. Le plat n’a pas d’étoiles. Le cadre est des plus simples. Mais l’ensemble, une fois partagé, est harmonieux. Et c’est certainement dans cette harmonie que réside tout le plaisir d’un bon repas.

Epilogue : Pour aller plus loin…

Quelques semaines plus tard, on était invités à dîner chez un ami qui voulait nous faire déguster quelques bonnes bouteilles de vin : des Hermitage blancs Chapoutier, millésimes 1991, 1990 et 1989 (les 2 derniers étant considérés comme des années exceptionnelles pour ces vins). Servis, comme par hasard, sur des coquilles St-Jacques et des artichauts avec une crème aux truffes. Et étrangement, que ce soit au nez ou en bouche, il m’a bel et bien semblé que le Pedro Milanos (le vin que nous avions rapporté du Portugal) s’approchait fortement de ces 3 Hermitage… Pour un vin si jeune, issu d’un terroir complètement différent, et d’un assemblage de cépages n’ayant absolument rien à voir, la comparaison est finalement assez flatteuse !

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