Oh, la boulette !!

Laisser un commentaire

En général, je suis pas un grand fan de restauration rapide. J’aime trop prendre le temps de m’installer, de m’imprégner du lieu, de réfléchir à ce que j’ai envie de manger, de savourer, etc. Certes, il m’arrive quand même assez souvent de vouloir profiter du beau temps et d’aller m’acheter un petit plat à emporter et à déguster au soleil. Mais c’est surtout le concept de ne pas trop faire attention à ce qu’on mange ni à celui qui l’a préparé qui me dérange. Et j’ai l’impression que dans beaucoup de « fast-food », le client ne peut que se permettre de rentrer, commander en moins de 2 minutes, et sortir baffrer, sans jamais avoir vraiment l’occasion de savoir ce qu’il mange, comment ça a été fait, par qui, etc. Je trouve que ça prive d’une grosse partie du plaisir de manger… Mais bon, il y a des jours où on n’a pas vraiment le choix… Et à côté de ça, il y a des jours où on a le temps d’aller discuter un peu avec les gens qui tiennent certaines petites enseignes, et où on peut en profiter pour se faire un bon petit carnet d’adresses rapides mais chouettes.

A côté de mon lieu de travail, j’ai donc déjà repéré quelques petits endroits que j’affectionne particulièrement. Parce que, rush ou pas rush, j’y ai déjà échangé avec le patron ou un serveur, je m’y suis intéressé à la bouffe, j’ai eu l’occasion de constater que ce qui était servi venait de bons produits, de recettes traditionnelles, ou partait d’une idée intéressante… Du coup, ce que j’y apprécie, en plus du gain de temps (ou de la possibilité d’aller manger tranquillement dans un parc quand la météo le permet), c’est la petite complicité que j’arrive à ressentir dans ces quelques lieux.

C’est donc avec grand plaisir que j’ai accueilli l’installation d’une nouvelle boutique juste au milieu de ma rue. Un truc italien, avec des plats variés (moitié « italien d’exportation », moitié « italien typique ») et un très bon rapport qualité-prix, qui ne souffre que d’un gros manque d’organisation au niveau du service (les gens sons sympas, souriants, mais archi inefficaces, ce qui est dommage quand on va là-bas et qu’on est pressé…). Et dans un coin de leur vitrine, il y a les Arancinos, une spécialité sicilienne : une boule de riz grosse comme un poing, farcie avec un peu ce qu’on veut, et panée avec de miettes de pain. La première fois que j’ai voulu tester, j’ai choisi celle qui m’avait paru la plus copieuse : farcie à la viande et à la tomate. Et comme j’ai eu la chance d’être servi par le patron, il m’a conseillé de choisir plutôt celle aux épinards (et au fromage). « Oui, mais j’ai faim de viande ! », dis-je alors que je venais déjà d’opter pour une focaccia jambon cru et crème de truffes. « Essayez quand même. Si vous aimez pas, la prochaine fois, je vous offre l’arancino à la viande. », me répond-il dans un petit sourire sûr de lui. Soit. Si on me prend par les sentiments… Et le bougre est tombé juste : malgré ma faim de viande, c’est quand même super bien passé ! Et même si ça cale facilement, je n’ai pas eu le moindre mal à en venir à bout tellement c’était bon.

Du coup, cette petite expérience a eu deux conséquences.
– La première, c’est que j’ai eu envie de retourner dans ce petit fast-food, une fois de temps en temps, pour tester des trucs différents. Oui, ce petit conseil spontané avait suffi à initier une petite relation de confiance (qui s’est confirmée par la suite, notamment en discutant avec le mec un soir au moment où il allait fermer).
– La deuxième, c’est que j’ai eu envie d’essayer de préparer un truc similaire à la maison. Parce que mine de rien, ça m’a intrigué, cet arancino : comment diable s’y prendre pour faire tenir la farce à l’intérieur, et pour que la boule garde une forme bien ronde ?

Bon, en fin de compte, le lendemain soir, d’autres ingrédients dans ma cuisine attendant d’être passés à la casserole, j’avais déjà commencé à oublier ma grande résolution… Il a donc fallu que j’attende de me retrouver face à des placards quasiment vides quelques jours plus tard pour que l’arancino me revienne en tête. Ce soir-là, il ne me restait plus grand chose d’autre que quelques patates, un demi panais, un fond de coulis de tomates, et une boule de viande hachée (un mélange de porc et de veau). Et les habituels oignons, ail, herbes, et autres aromates en tous genres (oui, j’avoue, quand je dis qu’il ne me reste plus que quelques ingrédients « basiques », ça veut dire que j’ai encore de quoi tenir un siège…). C’est donc surtout la viande hachée qui m’a mis la puce à l’oreille. Parce que c’est le genre de truc qui ne se garde pas non plus éternellement au frigo, et que j’étais donc obligé de lui trouver rapidement une utilisation. Des légumes farcis ? Sans légumes, c’est moyen… Un hachis parmentier ? Mouais, la veille on venait déjà de faire un ersatz de hachis, en utilisant les restes de deux bouillons : pour le fond du hachis, on avait utilisé la viande récoltée sur deux carcasses de poule et un bout de plat de côte de bœuf ; pour le dessus, un mélange de navets, de panais, de carottes, de chou et de céleri rave hachées finement ; et le tout recouvert d’un peu de chapelure, pour donner un côté gratiné. Tout ça pour dire que j’avais moyennement envie de refaire un plat de la même forme…
En revanche, à partir des idées ‘légumes farcis’ et ‘hachis parmentier’, j’ai fini par m’imaginer des patates farcies (en version une moitié de patate en dessous, une dose de farce, et une autre moitié de patate pour recouvrir). Et dé là, il ne restait qu’un pas pour repenser aux arancini. Mais comme je m’étais déjà mis l’eau à la bouche à l’idée des patates, je me suis dit que j’allais remplacer le riz par de la purée, et faire des boules de purée farcies et panées !

J’ai donc commencé à mettre les patates à cuire à l’eau (3 patates moyennes), et j’y ai ajouté mon reste de panais en me disant que ça parfumerait un peu. J’ai ensuite commencé à préparer ma petite sauce pour la farce : un oignon émincé mis à blondir dans un peu de saindoux et déglacé avec un fond de bouillon de bœuf, quelques feuilles de sauge, une mini pincée de piment, une gousse d’ail écrasée, la viande hachée et le fond de coulis de tomate. J’ai laissé réduire ça quelques minutes (pour éviter que ce soit trop liquide, mais sans trop faire cuire la viande non plus pour ne pas qu’elle soit trop sèche).
Quand les patates et le panais ont eu fini de cuire, j’y ai ajouté un peu de lait, de beurre, et de sucre, et j’ai passé tout ça en purée (à défaut de presse-purée, je broie tout à la cuillère… C’est moins pratique, mais le résultat est tout aussi bon !). Ça m’a donné une purée bien compacte, que j’ai laissé tiédir un peu pour mieux pouvoir la travailler ensuite.
Une fois la purée et la farce prêtes, les choses délicates ont commencé… Parce que faire des boules régulières et bien farcies avec tout ça, c’est pas si évident ! Pour la régularité de la forme, je me suis dit que j’allais essayer de préparer les boules dans le fond d’une louche. Problème : super pratique pour mettre un fond de purée, recouvrir de farce, et refermer la boule avec de la purée, mais quasiment impossible de ressortir la boule de la louche sans la casser ! Solution : avant de mettre la purée au fond de la louche, tapisser avec du papier alu. Comme ça, c’est plus facile pour sortir la boule et la façonner. Et finalement, la purée étant assez compacte, ça se tient bien.
Après ça, il ne reste plus qu’à paner les boules de purée farcies en les trempant dans un œuf battu, puis en les roulant dans une assiette pleine de chapelure et de mie de pain fraîche, et enfin en les mettant à frire quelques minutes (ça marche très bien à la poêle avec un fond d’huile de tournesol : si les boules sont bien rondes, il n’y a qu’à les rouler régulièrement pour qu’elles dorent uniformément). Et hop, c’est prêt !

Boule de purée farcie

Boule de purée farcie

Bon, j’avoue, c’est quand même un peu long et fastidieux à préparer… Il y a peut-être une méthode plus efficace (en laissant tout refroidir pour que ce soit plus ferme et plus facile à travailler), mais sur le moment, j’avais trop faim pour m’offrir le luxe d’essayer 30 manières différentes… Je me suis donc contenté de préparer 2 belles boules : une pour moi, et une pour ma moitié. Et avec le reste de purée et de farce, pour ne pas trop m’embêter, j’ai mis ça dans un plat à gratin, j’ai recouvert avec ce qu’il restait d’œuf battu et de chapelure, et j’ai laissé gratiner le tout pendant dix bonnes minutes au four. Moins joli à servir, certes, mais tout aussi bon ! Mais je me dis qu’au moins, j’aurais essayé de préparer un truc dans le style arancino, et que la prochaine fois que j’en voudrais, j’irai faire un petit tour au fast-food italien…

Un poivrot, des poivrons…

Laisser un commentaire

Depuis quelques temps, j’écume différents bars à vins de la capitale à la recherche de lieux intéressants, où déguster des bons produits dans une ambiance agréable. Mon dernier coup de cœur, La Belle Hortense (dans le Marais) a été assez fort, tant le lieu dispose d’à peu près tous les atouts qui m’attirent :
– un choix de vins originaux, ni trop réduit (il y a de quoi passer une longue soirée à tester différents rouges), ni trop large (je ne supporte pas les cartes longues de 3km, où on ne sait jamais quoi choisir, et où on a finalement l’impression qu’il n’y a rien d’exceptionnel ni d’original dans les produits présentés)
– de la nourriture excellente : le bar à vins dépend du restaurant Les Philosophes, dont le patron, Xavier Denamur, est un fervent défenseur de la bonne bouffe et de la bonne restauration. Les produits utilisés sont pour la plupart de succulents produits du terroir (moi qui n’aime généralement ni pâté ni rillettes, j’en commande en quantité quand je vais là-bas !), et le pain est excellent (c’est un de mes premiers critères de décision pour savoir si je rentre ou non dans un resto…)
– un service naturellement agréable et souriant. Dès la première fois, on a presque l’impression d’être traité comme un habitué. Et en sortant, qu’on ait discuté ou non avec la serveuse ou le serveur, on a presque envie de leur faire un câlin tant ils contribuent au bien-être qu’on ressent dans leur bar. Et ça, à Paris, c’est quand même rarissime !
– l’agencement et le confort du lieu. En fait, la salle est en 2 parties. Une partie bar, à l’entrée, où restent la plupart des clients. Et une petite salle cosy au fond, avec des canapés, où j’ai été plus souvent seul que tassé. Mais surtout, il y a une grande librairie sur toute la longueur et toute la hauteur de la salle (juste d’un côté des murs. de l’autre, y a une expo, qui change régulièrement), et on peut soit se contenter de feuilleter les bouquins en buvant tranquillement son verre de vin, soit les acheter pour les finir à la maison (idem pour les bouteilles de vin, disponibles à la vente à emporter, moins chères que sur place)
– et le prix, d’ailleurs ! Bon, ok, c’est pas non plus un truc bon marché, mais compte tenu de la qualité des produits servis, le rapport qualité/prix est, à mes yeux, très très bon ! Mais même sans ça, le lieu vaudrait vraiment le détour tellement on y est bien et tellement c’est bon !

Bref, mais pourquoi faire une super pub élogieuse d’un bar à vins sur un blog où, normalement, j’essaie d’écrire à propos de plats réalisés par mes petits soins ? Tout simplement parce qu’à ma dernière visite à La Belle Hortense, le serveur m’a fait goûter un vin qui m’a inspiré… Enfin, un vin… Officiellement, c’est « une boisson à base de vin » : c’est du Pimençon, un Jurançon dans lequel a mariné un piment d’Anglet (piment doux). Une idée d’Alain Darroze, un chef basque. Et ma foi, le résultat est particulièrement sympathique ! Comme ma moitié n’était pas avec moi le jour où j’ai découvert ça, et que je me doutais qu’elle aimerait (forcément, c’est un vin doux…), j’ai décidé de lui en rapporter une bouteille.

De retour à la maison, elle n’a même pas voulu attendre une occasion particulière pour ouvrir la bouteille (un apéritif, un plat qui se marie avec, des invités, ou n’importe quoi du même acabit) : « Ouais, trop bien, on l’ouvre tout de suite ! ». Bref, elle a aimé. Et quand on a eu fini la bouteille (assez rapidement, en fait, ça se descend très bien !), elle m’a simplement proposé d’utiliser le piment restant au fond de la bouteille dans un poulet basquaise. « Parce que ça se fait pas de le jeter, le pauvre ! Et en plus ça fait longtemps qu’on a pas mangé un poulet basquaise ! Et puis je crois qu’il reste aussi des poivrons à finir, faut juste qu’on achète du poulet ! ». Soit.

On a donc attendu le marché pour acheter deux belles cuisses de poulet. Accessoirement, le maraîcher avait des petits piments sur son étal, et quand on lui a demandé à quel point ils piquaient, il nous en a offert deux en nous disant « Tenez, vous verrez ! ». Avec plaisir, d’autant que le poulet basquaise sera une excellente occasion de les utiliser !
De retour à la maison, je me lance donc dans la préparation. J’émince un oignon, que je fais revenir à la cocotte avec une noix de beurre. Quand il commence à dorer, je l’arrose avec une petite tasse d’eau bouillante dans laquelle j’ai dissous un cube de bouillon de poule. Je laisse réduire, et je dispose mes deux cuisses (de poulet) au fond de la cocotte, où je les fais dorer quelques minutes sur chaque face (en commençant côté peau). Pendant ce temps, je mets des petites pommes de terre à cuire à l’eau, pour l’accompagnement. J’ajoute ensuite dans la cocotte un poivron coupé en petits dés, une gousse d’ail écrasée, le piment de la bouteille de Pimençon et un des deux piments du maraîcher hachés très finement. Je laisse cuire à feu moyen pendant une dizaine de minutes, en retournant régulièrement les morceaux de poulet, et en ajoutant un peu de vin blanc (Chardonnay) dès que ça commence à attacher un peu trop. Comme la sauce (oignon – poivron – piments) ne m’a pas l’air suffisante en quantité une fois que le poivron a un peu réduit, j’y rajoute une tomate coupée en petits dés, et j’en profite pour aromatiser avec mon mélange d’herbes séchées (principalement thym – marjolaine – sarriette). Je continue à retourner les cuisses, et comme, au bout de dix minutes, les légumes commencent à vraiment accrocher (alors que la viande n’est pas complètement cuite), je verse un fond d’eau pour déglacer, et je laisse finir de cuire pendant cinq bonnes minutes. Au moment de servir, je racle bien le fond de la cocotte pour détacher et mélanger la sauce, qui est un peu épaisse et légèrement caramélisée. Il ne me reste alors plus qu’à égoutter mes patates et à tout disposer dans les assiettes avant de servir.

Poulet basquaise

Poulet basquaise

Finalement, c’était peut-être le meilleur poulet basquaise que j’aie mangé (le fait que je n’en mange pas très souvent a certainement aidé, mais chut !). A un seul détail près : pendant tout le repas, ma moitié n’a pas arrêté de me demander si j’avais ajouté de la cannelle ou de la muscade, parce qu’elle était persuadée d’en sentir, et qu’elle trouvait que ça relevait le goût juste comme il fallait pour que ce soit délicieux. J’ai donc passé tout le repas à me demander si j’avais déjà trop bu avant de commencer à préparer (et j’aurais donc pu ajouter des épices sans m’en rendre compte), si ma moitié avait trop bu avant de commencer à manger (et elle aurait donc pu sentir des parfums qui n’existaient pas), ou si, effectivement, le mélange des saveurs pouvait produire cet effet. La réponse, c’est qu’on s’en fiche un peu… Du moment que c’est bon !

Il était une fois…

Laisser un commentaire

Tous les plats ont leur petite histoire, mais dans le cas de celui-ci, elle est longue et compliquée ! Je vais donc essayer d’y mettre un peu d’ordre…

Situation initiale : en voyage au Portugal…

Nous batifolions en région toulousaine, et allions très prochainement devoir amorcer notre retour sur Paris. Quelle ne fut pas notre stupéfaction lorsque nous constatâmes que les billets retour (fussent-ils destinés à un voyage en train comme en avion ou en calèche) étaient scandaleusement hors de prix ! Heureusement, grâce aux progrès de la technologie, nous sommes de nos jours envahis par la publicité à chacune de nos errances dans le monde virtuel : cette délicieuse m’a ainsi conduit jusqu’au site d’une compagnie aérienne qui proposait des vols Toulouse – Porto pas chers, et des vols Porto – Paris pas plus onéreux. Je sors ma calculatrice mentale, et celle-ci m’affiche fièrement qu’un séjour d’une semaine dans la région de Porto pourrait nous faire économiser la modique somme de vingt euros et quarante quatre centimes sur le coût du transport. Je m’écrie donc « Chouette ! », et commande immédiatement les billets en question.

Quelques jours plus tard, nous voilà atterris à Porto. Tous ravis que nous étions d’avoir économisé vingt euros et quarante quatre centimes, nous nous emportâmes un tantinet de trop et nous dîmes « louons une voiture et allons nous remplir la panse et nous enivrer gaiement dans la vallée du Douro ! En plus, c’est classé au patrimoine mondial de l’Unesco ! »
Il ne nous prit pas plus d’une journée pour comprendre l’origine du classement de ce site : oui, bien entendu, c’est beau, c’est magnifique, ça mérite qu’on s’arrête après chaque virage (et ils sont nombreux) pour prendre une photo ; oui, il y a également toute une tradition historique dans la culture de la vigne qui s’est remarquablement bien conservée ; mais bon sang, c’est surtout qu’on y mange divinement bien (même dans les recoins les plus miteux), qu’on y boit d’autant mieux (même les vins vendus au restaurant à deux euros la bouteille sont excellents !), et que les gens sont accueillants ! Si j’avais été commissaire de l’Unesco responsable de l’évaluation de ce lieu, bien entendu que je l’aurais classé, même si ça m’aurait coûté un foie pour ne me rapporter que des crampes au sourire et des bourrelets jusqu’à l’auriculaire !

Vallée du Douro

Vallée du Douro – Portugal

Élément déclencheur : une dégustation de vins…

Au milieu de ce décor, nous naviguions donc gaiement d’un vignoble à un restaurant, d’un restaurant à une cave, d’une cave à une chambre d’hôtes au cœur d’un vignoble, etc. Chaque plat que nous goûtions était une nouvelle découverte, un nouveau régal. Chaque vin que nous goûtions nous amenait au même commentaire : « Hmmm, surprenant, délicieux ! ». Nous ne fûmes pas vraiment surpris d’apprendre que le Portugal était le cinquième producteur mondial de vin (en volume). En revanche, nous fûmes littéralement abasourdis par la diversité et la qualité des ces vins : d’un producteur à un autre, d’une parcelle à une autre, d’un cépage à un autre, chaque vin était une nouvelle surprise en bouche.

Puis vint un soir dans une quinta (propriété viticole), où le propriétaire nous offrit une bouteille de blanc et une bouteille de rosé à déguster sur place (en plus d’un verre de porto millésimé du 1983 dont le doux goût de noix reste en bouche pendant des heures et des heures). Les deux vins étaient bons, mais la palme revenait certainement à ce blanc : un Pedro Milanos 2011, de la Quinta Senhora de Graça. Pas forcément pour sa qualité (pourtant excellente !), mais plutôt pour son originalité : la moitié de ce vin a été vieillie en fûts de chêne pendant 2 ans, tandis que l’autre a subi une vinification plus « normale » pour un blanc. Le résultat s’avère particulièrement surprenant. Et bigrement difficile à décrire. Nous avons ainsi passé la bouteille entière a essayer de le qualifier, ou d’imaginer avec quels plats le marier. En vain. La truffe, les fèves, le crabe, et divers autres ingrédients semblaient pouvoir convenir, mais sans jamais nous convaincre pleinement. Notre hôte ne nous a pas été d’une meilleure aide, se contentant d’un laconique « c’est un vin blanc, buvez-le avec de la morue ou avec n’importe quel autre poisson ». Mais non. J’étais persuadé que ce vin appelait un ingrédient particulier pour se sublimer, et j’ai donc compromis le trajet de mon sac en cabine pour pouvoir en ramener une bouteille à la maison dans l’espoir de l’y marier au mieux.

Déroulement : l’heureux légume du hasard…

Pendant les deux semaines qui suivirent, j’entrepris ma quête de l’ingrédient parfait. A chaque fois que je sortais, j’épluchais le menu des restaurants où je passais pour essayer d’identifier un plat qui puisse convenir. A chaque occasion d’aller faire les courses, je faisais quatre fois le tour des rayons et des étals dans l’espoir que quelque chose me saute aux yeux. A chaque fois que j’avais un peu de temps libre chez moi, je retournais mon étagère de livres de cuisine et j’ouvrais des pages au hasard en croisant les doigts pour un coup de chance. Toujours en vain : rien ne m’inspirait suffisamment pour cuisiner avec ce vin. Petit à petit, j’en finis presque par oublier ma quête désespérée…

Finalement, un mois après notre retour du Portugal, j’avais archivé ce vin dans un coin de ma mémoire. Un autre évènement commençait en effet à monopoliser mon attention : on nous avait récemment offert un bon pour une nuit en Relais et Châteaux, et nous venions de réserver aux Deux Abbesses, en Auvergne. Parce que c’était sur notre route (encore un trajet Toulouse – Paris, mais en voiture cette fois-ci), parce que la tranquillité du lieu correspondait parfaitement à nos attentes du moment, et surtout parce que le restaurant proposait un menu 10 services et que la tête du chef nous inspirait ! Accessoirement, nous avions entendu que depuis l’arrivée de ce chef cette année, il était fort probable que le restaurant regagne l’étoile Michelin qu’il avait perdue. Alors pourquoi se priver d’aller goûter ça ?

Au moment du dîner, les plats se sont donc enchaînés sur la table, pour le plus grand plaisir des yeux, des narines et des papilles. Le point culminant aurait pu être l’agneau avec sauce aux poivrons, sauce aux anchois et caviar d’aubergine (pour la saveur et la tendresse incroyables de la viande et la perfection de sa cuisson comme pour l’accord succulent entre ces saveurs), s’il n’avait pas été suivi par un certain cabillaud avec artichauts et jus de prunes. Ce cabillaud, un peu fade en soi, m’a laissé tout le loisir d’apprécier la saveur d’un artichaut parfaitement préparé. Et là, ça a été la révélation. Dès la première bouchée, j’ai failli me lever et crier tout haut : « Bon sang, mais c’est ça ! C’est avec un p***** d’artichaut que ce satané vin doit s’accorder ! ». Et pendant tout mon plat, j’ai pu savourer à loisir ma trouvaille, essayer de me rappeler au mieux du goût et du parfum de ce vin blanc, et imaginer le mariage avec l’artichaut. J’avais beau avoir bu le vin plus d’un mois avant, son souvenir restait bel et bien intact. Et pour moi, il n’y avait aucun doute : je tenais mon ingrédient !

Les Deux Abbesses

Les Deux Abbesses : Depuis le jardin ; l’Agneau ; la Courgette

Dénouement : cet artichaut, il faut se le farcir !

Un ingrédient identifié comme ça, par un heureux concours de circonstances, c’est bien. Mais il restait encore à savoir comment le cuisiner. J’ai donc fouillé à nouveau dans ma bibliothèque, et, les recettes à base d’artichauts n’étant pas légion, j’ai vite fini par y glaner quelques idées. D’autant plus que certaines recettes l’associaient avec de l’huile d’olive parfumée à la truffe, d’autres avec des fèves, ce qui correspondait assez bien aux premières idées que j’avais eues au moment de la dégustation du vin. Finalement, c’est surtout l’idée de l’artichaut farci qui a retenu mon attention. Dans les différentes recettes que j’ai trouvées, les cœurs d’artichauts étaient garnis tantôt d’un mélange de légumes et d’herbe, tantôt d’un peu de poitrine fumée, tantôt parfumés à la truffe, etc. Mais dans mon esprit, l’artichaut farci ne se contentait pas d’être un bête cœur recouvert de garniture, il était aussi muni de son couvercle de feuilles, pour qu’au moment du service, il se présente comme un artichaut entier, jusqu’à ce qu’on découvre au milieu (à la place du foin) un mélange de plein de bonnes choses. En l’occurrence, des petites fèves, des oignons revenus dans de l’huile d’olive à la truffe, une pointe d’ail, quelques miettes de bacon, et un peu de chapelure.

Tout fier d’avoir trouvé mon idée de recette, j’entrepris d’aller acheter tous les ingrédients absents de mes placards. Mais au moment de faire la liste des courses, j’ai réalisé qu’il me manquerait un élément indispensable. En effet, à table, l’alliance parfaite inclut nécessairement, en plus du plat et du vin, un minimum d’invités avec qui partager ça. Sinon, aucun intérêt. Et comme nous n’avions rapporté qu’une seule bouteille de vin (faute de place), nous n’aurions droit qu’à un essai : autant ne pas se louper et inviter les amis qui seraient le mieux à même d’apprécier ce repas… Quitte à devoir attendre quelques semaines de plus pour avoir enfin une disponibilité commune avec les amis en question.

Finalement, le jour venu, une fois tous les ingrédients réunis (ou presque, puisque je n’ai pas réussi à trouver de quoi renouveler mon stock d’huile d’olive à la truffe), je me mets en cuisine assez tôt. Je commence à préparer mes artichauts (un par personne) : je leur casse la queue (ça enlève mieux les gros filaments que si on la coupe), j’enlève, au couteau, les feuilles de l’extérieur et tout le vert du bas de l’artichaut, et je les mets à blanchir une petite dizaine de minutes dans de l’eau bouillante salée et légèrement citronnée.
Pendant ce temps, je commence à préparer la garniture : j’émince un oignon que je mets à blondir dans ma cocotte avec un peu d’huile d’olive (aromatisée aux herbes, mais pas trop), je sale un peu, puis j’ajoute une gousse d’ail écrasée, une petite poignée de bacon haché finement et une bonne autre poignée de petites fèves. Dès que ça commence à attacher, j’arrose avec un peu de vin blanc (un fond de tariquet, c’est tout ce que j’avais d’ouvert) et je laisse réduire un peu à feu très doux.
Je reviens m’occuper de mes artichauts, que j’ouvre en deux un peu au-dessus du cœur. Je garde les feuilles de côté (en les attachant avec un bout de ficelle pour qu’elles se tiennent ensemble), et j’enlève tout le foin du cœur. Une fois mes quatre artichauts prêts, je sépare ma garniture en deux (parce que finalement, j’ai été un peu trop généreux sur mes poignées, et il y en a beaucoup…). J’ajoute un peu de chapelure à une moitié, que je répartis dans les fonds de mes artichauts, et j’ajoute un peu d’eau et de vin à l’autre moitié, que je laisse au fond de la cocotte. Je dispose alors les fonds d’artichauts dans la cocotte au milieu de la sauce, je les recouvre avec leurs feuilles, puis je laisse mijoter tout ça à couvert pendant une bonne heure.

J’annonce alors à ma moitié qu’on a un peu de temps devant nous avant que les invités arrivent et que tout soit cuit. Et la bougresse m’annonce qu’elle veut en profiter pour me faire une fumigation au thym pour me purifier les pores du visage. Diantre. Grâce à elle, j’ai réalisé qu’un peu de thym aromatiserait mon plat à merveille, et je m’empresse d’aller en ajouter un peu. Dans l’espoir secret que ça fasse aussi diversion et qu’elle en oublie son envie de me fumiger… Mais la bête est tenace, et exige que je me plie à sa volonté, en guise de remerciement de son « idée » d’ajouter du thym à ma préparation. Soit.

Situation finale : le verdict…

Mes pores sont purifiés (…). Les invités sont arrivés. Les artichauts finissent de cuire. Le vin sort du frigo. On en déguste un premier verre. On se raconte quelques anecdotes de nos vacances respectives. On commente le vin, qui est toujours aussi surprenant. On commence à avoir faim, aussi…
Avant d’apporter le plat à table, j’ouvre le couvercle de la cocotte pour vérifier que tout aille bien. Ayant encore le goût du vin en bouge, je prélève discrètement un petit bout d’artichaut avec sa garniture pour vérifier que le mariage est bon. Le vin relève le goût de l’artichaut sans le dénaturer, le reste du plat adoucit la petite pointe d’acidité du vin même s’il dénote un petit peu au niveau des saveurs. Ce n’est peut-être pas l’alliance parfaite, mais ça va vraiment bien ensemble. J’essaie d’imaginer ce que ça aurait donné avec de l’huile à la truffe, ou avec moins de fèves, ou sans bacon. Je m’interroge sur la façon dont Stéphane Gautier, le chef des Deux Abesses, s’y est pris pour que son artichaut ait à ce point une odeur et un goût d’artichaut, alors que le mien a l’air un peu plus quelconque. Je me demande comment j’aurais pu m’y prendre pour réussir à garder un plus gros volume de feuilles sur le dessus. Je m’en veux un peu de ne pas avoir pensé à saupoudrer la garniture d’un peu de persil, parce que ça aurait été plus joli. Je me dis que j’aurais dû les choisir moins gros, ou ailleurs, ou que ce n’était peut-être pas le bon moment de la saison. Je regrette de pas avoir préparé un petit truc en accompagnement, parce qu’au final, ça n’a pas l’air bien copieux. Puis bon, je me dis que c’est prêt, qu’on a faim, et que même si ce n’est pas parfaitement parfait, ce sera bon, et qu’on aura toujours d’autres occasion de faire ce plat, tel quel ou autrement.

Artichaut farci

Artichaut farci

Et finalement, quand les assiettes arrivent à table, le temps s’arrête. On regarde. On sent. On discute. On goûte. On déguste. On rit. On savoure.
Le vin n’est pas un grand cru. Le plat n’a pas d’étoiles. Le cadre est des plus simples. Mais l’ensemble, une fois partagé, est harmonieux. Et c’est certainement dans cette harmonie que réside tout le plaisir d’un bon repas.

Epilogue : Pour aller plus loin…

Quelques semaines plus tard, on était invités à dîner chez un ami qui voulait nous faire déguster quelques bonnes bouteilles de vin : des Hermitage blancs Chapoutier, millésimes 1991, 1990 et 1989 (les 2 derniers étant considérés comme des années exceptionnelles pour ces vins). Servis, comme par hasard, sur des coquilles St-Jacques et des artichauts avec une crème aux truffes. Et étrangement, que ce soit au nez ou en bouche, il m’a bel et bien semblé que le Pedro Milanos (le vin que nous avions rapporté du Portugal) s’approchait fortement de ces 3 Hermitage… Pour un vin si jeune, issu d’un terroir complètement différent, et d’un assemblage de cépages n’ayant absolument rien à voir, la comparaison est finalement assez flatteuse !

Le chaînon manquant…

Laisser un commentaire

Je ne sais pas pourquoi, mais depuis quelques mois, j’ai souvent faim de burgers. De bons, hein, pas du fast-food gras et insipide. Chaque fois que l’occasion se présentait, j’ai donc testé ce que divers restos de la capitale et des alentours avaient à proposer à ce sujet. La qualité variait du quelconque au très bon, mais chaque fois, il me manquait un je ne sais quoi pour en tirer entière satisfaction. Jusqu’au jour où, en allant flâner un peu dans les rues autour de chez moi avant d’aller faire les courses, j’ai découvert qu’un nouveau resto à burgers venait d’ouvrir. Ni une, ni deux, je me suis dit « j’annule tout ce que j’ai de prévu ce soir, et je vais tester ça avec ma moitié ! ».

Cinq minutes après, je rentre dans le supermarché tout béat à l’idée du dîner à venir. Je sors ma liste de courses, histoire de me reconcentrer un peu sur la tâche qui m’incombe au moment présent, et je me laisse guider au rayon charcuterie par le premier élément de ladite liste : « Bacon pour les œufs du ptit déj !! ». Et à l’instant où je sors le paquet de bacon de son rayon pour le jeter dans mon panier, je remarque l’élément qui va me changer la soirée : les tranches de bacon sont rondes. Comme un burger au bacon. C’est alors l’illumination : ce soir, on n’ira pas au resto. Ce soir, on invite les premières personnes qui répondent présent, et on fera nos burgers nous-mêmes pour les déguster à la maison !

Je crois que je n’ai jamais été aussi rapide pour finir les courses tant j’étais pressé de rentrer à la maison et d’annoncer la nouvelle à ma douce. Je ne lui laisse même pas le temps de se réjouir de mon idée, et je lui confie immédiatement la mission de trouver 3 ou 4 invités. Quant à moi, je file sortir un de mes derniers cadeaux de Noël (un bouquin mexicain sur les pains, offert par les beaux-parents, et dans lequel il me semblait avoir vu une recette de pains à burgers), et je me lance dans la préparation. Parce que oui, pour faire les pains maison, il faut leur laisser le temps de lever !

Panes & pancitos

Panes & pancitos

Je me lance donc dans la confection des pains, en mélangeant 500g de farine fine (type 55), une bonne cuillerée de sel, 300ml de lait dans lequel j’avais dilué deux sachets de levure boulangère (j’aurais bien tenté de les faire au levain, mais le mien n’était pas prêt, et j’aurais dû attendre le lendemain… Inenvisageable !), et environ 25g de sucre. Je mélange bien, j’ajoute un peu de farine en saupoudrant petit à petit jusqu’à ce que la pâte devienne un peu moins collante, puis j’y incorpore une noix de beurre et deux noix de graisse de canard (la recette disait « 50g de beurre ou de saindoux, mais j’avais plus de saindoux…). Je pétris ça une bonne dizaine de minute, en allant montrer à ma moitié toutes les deux minutes comment ma pâte elle est trop belle (par rapport à la pâte pour le pain au levain, c’est beaucoup plus lisse et plus doux, à tel point qu’on serait tenté de pétrir ça pendant des heures !). Je la laisse ensuite reposer 10min enroulée dans du film alimentaire, puis je la divise en une douzaine de petites boules que je laisse reposer elles aussi 10min dans du film alimentaire (c’est particulièrement ennuyeux de toutes les enrouler comme ça, mais bon, pour une fois que j’avais décidé de suivre une recette…). Enfin, j’étale mes petites boules pour en faire des galettes d’une dizaine de centimètres de diamètres, j’en badigeonne la surface avec un œuf battu, je saupoudre de graines de sésame, et je laisse lever tout ça sur des plaques allant au four jusqu’à ce que ça double de volume (trois bonnes heures chez moi, parce qu’il faisait pas très chaud dans la cuisine ce jour là…).

Pendant ce temps, je fais l’inventaire de ce que je vais pouvoir utiliser pour la garniture :
– Des oignons, avec lesquels préparer une bonne confiture d’oignons (en les faisant revenir dans du beurre avec un demi bouillon cube de bœuf, un peu de sucre, et un peu de farine pour épaissir)
– Des tomates et de la salade
– Du bacon (oui, quand même, c’est grâce à lui qu’on en est arrivés là !)
Il manque quand même l’essentiel :
– Le fromage (je file au supermarché acheter un paquet de cheddar classique)
– La viande (je file chez le boucher acheter une douzaine de steaks hachés)
– Les sauces…
Pour les sauces, je me refuse à aller acheter du ketchup, sachant pertinemment qu’après ce jour, ça ne nous servirait qu’à occuper de la place dans le frigo… Plutôt que de rappeler nos invités pour leur demander d’en apporter, je me dis que ça pourrait être marrant de le faire moi-même. Je sors donc une brique de coulis de tomates, j’y ajoute quelques bonnes cuillerées du vinaigre d’un bocal de chipotles (piments mexicains conservés dans du vinaigre avec du sucre non raffiné : le vinaigre est donc à la fois épicé et sucré), mon autre moitié de bouillon cube de bœuf, et quelques autres cuillerées de coulis de pinot noir. Je laisse réduire ça à feu doux pendant une bonne heure, et, ni vu ni connu, je le mets dans un joli petit ramequin sur la table au milieu des autres ingrédients.
Une bonne demi-heure avant l’arrivée des invités, je lance la cuisson des pains en deux fournées, que je laisse une vingtaine de minutes au four à 180°C. Les pains lèvent plus en largeur qu’en hauteur, mais ils dorent bien, et ils lèvent quand même suffisamment pour être bien aérés. Pour le goût, on verra au moment de servir…

Une fois les invités arrivés, chacun s’occupe de se préparer son propre burger. Globalement, tout le monde a fait la même chose : les deux moitiés de pain tartinées de ketchup maison, une tranche de bacon, une tranche de fromage, un steak, une tranche de fromage, une tranche de bacon, de la confiture d’oignons, un peu de salade et de tomates. Le tout remis dans le four chaud pendant quelques minutes. Le pain est à la fois moelleux, croustillant sur le dessus, et super savoureux, et le ketchup maison y ajoute une petite touche particulièrement agréable ! Bref, ces burgers m’ont permis d’identifier le petit truc qui m’avait toujours manqué dans ceux que j’avais goûtés ailleurs : le côté « fait maison », qui relève l’ensemble d’un doux parfum de fierté !

Burger maison

Burger maison

NB : et le lendemain matin, le même burger avec un œuf au plat sur le steak, c’est le remède idéal pour démarrer la journée avec le plein d’énergie et de bonne humeur !

La bonne poire…

Laisser un commentaire

Au marché, dès que j’entends un commerçant faire une promo sur quelque chose, j’accours ! Je fais donc souvent le marché juste avant la fermeture : certes, le choix est souvent un peu plus réduit, mais en revanche, il y a pléthore de réductions en tous genres ! Je me retrouve donc souvent avec des kilos de viande ou de poisson à congeler ou avec des fruits et légumes à ne plus savoir qu’en faire. Mais bon, en cherchant bien, on finit toujours par trouver une utilisation à tous ces ingrédients…

Dernièrement, c’est chez mon marchand de pommes et poires que je me fais plaisir. Non seulement parce qu’il nous offre à chaque fois des pommes à déguster, et une petite poire en cadeau pour chaque achat. Egalement parce qu’il vient de presser le jus de pomme nouveau et qu’il le fait (presque) couler à flots pour les habitués. Mais surtout parce qu’il propose les « fruits tombés » à 3 euros les 2 kilos. Non, il ne s’agit pas de pommes et poires complètement amochées. Il sont juste à peine moins jolis que les fruits cueillis à la main (que les clients n’ont pas le droit de toucher sur le stand, sous peine de se faire méchamment engueuler ! Ici, c’est le patron qui sert, pour éviter de trop abimer les fruits !). Bref, tout ça pour dire que ces dernières semaines, la maison est pleine de poires et de pommes. Lorsqu’on a invité la famille de ma chère et tendre à déjeuner, c’est donc (presque) sans hésiter que j’ai cherché à composer un menu sur le thème de la poire.

Pour le dessert, j’avais initialement l’intention de faire une tarte frangipane aux poires, mais sous la pression, j’ai dû remplacer ça par les mêmes poires pochées que j’avais préparées un petit mois avant (dans ce menu). Je les ai servies dans leur sirop, et accompagnées d’un sorbet poire – citron – miel que j’avais préparé la semaine passée (en nourrissant ma sorbetière d’un kilo de poires pelées mixées avec deux cuillerées de miel, le jus d’un demi-citron et un peu de sucre).

Pour l’entrée, je voulais farcir des feuilles de bricks avec des mélanges poire-viandes, mais malheureusement, j’ai manqué de temps… Je me suis donc contenté d’un apéro léger avec du pain et des m’semen (« crèpes » feuilletées marocaines, fraîchement achetées au marché), et un petit assortiment de trucs à tartiner dessus (confit tomates-basilic-épices, pulpe d’olives-rhum-figues, …). Oui, je sais, c’était pas dans le thème de la poire ! Mais ça n’a pas eu l’air de déranger qui que ce soit…

Pour le plat, j’ai immédiatement pensé à un bar à tapas où je vais régulièrement à Paris (Aux 3 Escales), et qui sert, entre autres choses, un délicieux poulet poires-miel. J’avais déjà une vague idée de la façon donc j’allais préparer ça (en tajine), mais j’ai voulu feuilleter mes bouquins pour voir si je pouvais trouver un peu plus d’inspiration pour l’agrémenter au mieux. Et dans un livre sur la cuisine méditerranéenne que j’avais récupéré dans une brocante pour un euro symbolique (« Bon comme là-bas ! »), je suis tombé sur une recette quasiment similaire : tajine d’agneau aux poires et au miel. Dans cette version, ils mettent notamment des amandes (mondées et légèrement grillées), qu’on ne trouve pas dans la version de mon bar à tapas. Je trouvais que c’était une bonne idée ! En revanche, ils mettent un peu trop de cannelle à mon goût (du quatre-épices + un bâton de cannelle) : avec le goût sucré des poires et la saveur du miel que j’utilise, je craignais que ce soit trop lourd.

Bon comme là-bas !

Bon comme là-bas !

J’ai donc remplacé l’agneau par des cuisses de poulet (pas trop grasses, c’est mon morceau préféré pour cuire en sauce en tajine ou en cocotte). Je les ai mises à frire quelques minutes dans une cocotte avec un peu de beurre et d’huile de tournesol. Je les ai sortis pour mettre à dorer deux oignons avec un peu de sel. J’ai versé un fond de bouillon de poule (l’équivalent d’un grand verre), rajouté une noix de gingembre râpé, quelques pincées de quatre-épices, et quelques tours de moulin à poivre. J’ai remis mes cuisses (de poulet) dans la cocotte, couvert, et laissé cuire à feu moyen pendant une bonne demi-heure.
Pendant ce temps, j’ai fait caraméliser trois poires coupées en quarts dans une grosse noix de beurre et une grosse cuillerée de miel, j’ai émondé et grillé mes amandes, j’ai fait précuire 400g de semoule (j’ai versé un peu moins d’eau que le nécessaire, et ajouté une petite noix de beurre), et j’ai servi l’apéritif.
Quelques minutes avant de servir, j’ai ajouté les amandes grillées et deux grosses cuillerées de miel dans la cocotte en mélangeant bien. J’ai ensuite versé les trois quarts du jus de cuisson dans la semoule (servie dans le plat de présentation), recouvert la semoule avec les cuisses de poulet, comblé les espaces avec les quartiers de poires, et « saupoudré » le plat avec les trois quarts des amandes. J’ai laissé ça dans le four encore tiède pendant 5 minutes (le temps de finir l’apéritif), mis le reste de jus de cuisson et d’amandes dans un petit bol (avec une mini pincée de piment de Cayenne), et apporté le tout à table. Un régal pour les narines, pour les yeux, et pour le palais !
Tajine poulet - poires - miel

Tajine poulet - poires - miel

Et accessoirement, une fois le repas terminé, il y avait un peu moins de poires qui traînaient partout dans la maison…

Comme un tour de magie !

Laisser un commentaire

Quand j’étais petit, on allait tous les ans passer une semaine en Italie chez la famille de mon père. Et là-bas, j’ai toujours cru qu’une de ses tantes était une magicienne…

Déjà, elle parlait relativement peu, et paraissait toujours extrêmement calme et sereine, malgré toute l’agitation qu’il pouvait y avoir autour d’elle. Un peu comme si elle vivait dans un monde à part, une autre dimension…
Ensuite, sa cuisine sentait toujours divinement bon. Je serais incapable de décrire cette odeur caractéristique qu’elle avait, tant c’était un mélange de mille bonnes choses. Mais je sais que cette odeur avait le pouvoir de me transporter, de me faire sentir comme si j’étais envoyé dans une autre dimension où tout était beau et tranquille. Probablement la même dimension où vivait cette grand-tante…
Enfin, je n’ai jamais rien vu d’autre dans sa cuisine qu’une petite bouilloire sur la cuisinière (le genre qu’on laisse là en permanence pour humidifier un peu l’air ambiant). Même les jours où elle préparait de grands repas, avec toute une enfilade de plats pour une dizaine de personnes, la cuisine n’avait jamais l’air ni encombrée, ni sale. Comme si les plats sortaient de nulle part. Pourtant, l’odeur de la cuisine était toujours teintée de l’odeur de préparation de tous ces plats. C’est juste qu’on ne les voyait jamais. C’est quelque chose qui m’a toujours fasciné. Je vais rendre visite à cette grand-tante la semaine prochaine (c’est d’ailleurs un peu pour ça qu’en ce moment je parle beaucoup de l’Italie…), et j’espère avoir enfin l’occasion de percer son secret. Quoiqu’en y réfléchissant bien, j’espère plutôt ne jamais le deviner et garder intacte cette part de rêve et de magie que j’associe à elle et à sa cuisine.

Bref, tout ça pour dire qu’hier soir, alors que j’invitais deux couples d’amis, j’avais envie d’essayer de recréer moi-même une part de cette magie : que mes invités arrivent dans une maison qui sent bon, et qu’ils voient sortir des plats de nulle part.

Une des grandes questions, par contre, était de savoir quoi servir pour le plat principal. Je ne pouvais pas utiliser le four, beaucoup trop petit pour 6 convives, et j’avais envie de changer un peu des petits plats qui mijotent longtemps dans la cocotte. C’est finalement en allant manger un sandwich grec en ville que j’ai eu l’idée. Le p’tit grec où j’ai mes habitudes a toujours d’excellents poulets marinés, qu’il prépare une demi-journée à l’avance dans des petits tupperwares, et qu’il met à cuire 3 petites minutes avant de servir. Et pendant que ça cuit, il vient discuter et partager un verre ou un thé, comme ça on n’a pas le temps de se rendre compte qu’il y a quelque chose qui cuit derrière. Bref, un plat idéal pour ce que je recherchais !
La nouvelle question, ensuite, était celle du choix de la marinade. En fouillant un peu mes placards, j’ai essayer de répartir les ingrédients que j’avais à disposition par affinités. Globalement, ça m’a donné trois petits tas :
– un camp « indien » : garam masala, tandoori, yaourt, cardamome, piment, …
– un camp « asiatique » : sauce soja, graines de sésame, oignons, champignons, gingembre, …
– un camp « thaï » : lait de coco, coriandre, curry, gingembre, piment, citronnelle, citron, …
J’ai ensuite pris une pièce de monnaie, associé « indien » à « pile », « asiatique » à « face » et « thaï » à « ni pile ni face » (parce que c’est l’option qui me faisait le moins envie…), et je l’ai jetée en l’air pour procéder au tirage au sort. Je me suis alors entendu penser « pourvu que ça tombe sur face ! », donc j’ai choisi de faire ma marinade « à l’asiatique », sans vraiment tenir compte du côté sur lequel ma pièce était tombée…

J’ai donc haché finement deux oignons et deux gros champignons, que j’ai mis à mariner 3h dans la sauce soja, avec des graines de sésame (pour la quantité, c’était un peu à l’œil : jusqu’à ce qu’il y ait assez de sésame pour que l’ensemble soit joli). Pendant ce temps, j’ai préparé et mangé le repas du midi, et lancé la préparation du dessert et de l’apéritif (qui seront l’objet du prochain article…). Ensuite, j’ai découpé un kilo de filets de poulet en petits cubes (après avoir viré tous les nerfs qui restaient). Je les ai jetés dans la marinade, arrosés du jus d’un demi citron, saupoudrés d’une pincée et demie de gingembre en poudre (la première pincée était trop petite…), et je les ai laissés reposer tranquillement au frigo jusqu’au moment du dîner (soit pendant environ 4h).

Pendant ce temps, je suis allé dire bonjour à mon caviste préféré. Je lui ai décrit mon menu, je lui ai donné mon budget, et je lui ai fait confiance pour le choix du vin. Après sa minute de réflexion habituelle, il m’a tendu une bouteille de Côtes de Nuits 2007 (un vin de Bourgogne), et je l’ai cru sur parole quand il m’a dit que ça irait avec mon plat. Après tout, chaque fois que je lui ai fait confiance, j’ai toujours été agréablement surpris par des vins assez atypiques et se mariant à merveille avec le plat choisi.
De retour à la maison, j’ai ouvert la bouteille pour la laisser décanter, et je me suis rendu compte que je n’avais pas encore réfléchi à l’accompagnement. Je me suis tourné vers le frigo pour voir les légumes qu’il contenait, et je me suis retrouvé nez à nez avec la liste de courses de la semaine passée, où « boulgour » était écrit en gros et surligné. Oui, une des moitiés de notre couple avait envie de varier les sources de féculents et d’essayer ça. Mais du coup, je me suis dit que ça pouvait être un bon accompagnement pour mon poulet mariné (en tous cas, ça me dispensait de réfléchir plus longtemps à la question !). Surtout que sur le paquet, une recette de galettes au boulgour était donnée, et que ça s’avérait assez pratique pour être préparé à l’avance et gardé au chaud (ou bien refrit au dernier moment). Je m’y suis donc attelé : j’ai fait cuire 200g de boulgour, je l’ai mélangé avec 150g de farine, 10cl de lait, 2 œufs, du sel et du poivre, et j’en ai fait des galettes que j’ai fait frire à la poêle (la recette indiquait qu’il fallait aussi des herbes et du gruyère râpé, mais comme je préférais garder un goût plus neutre, je n’en ai pas mis). J’ai gardé ça à l’abri du froid et des regards, et il ne me restait plus qu’à tout ranger en attendant l’arrivée des invités.

Finalement, quand ceux-ci ont pointé leur nez, je n’avais plus qu’à :
– servir l’apéritif qui attendait sagement au frigo
– servir l’entrée qui attendait elle aussi au frigo (des poivrons marinés, préparés le matin), en mettant discrètement le poulet à cuire pendant que tout le monde était à table (cuisson à la cocotte, à feu moyen, comme ça le poulet reste moelleux, et surtout y a pas à venir surveiller : ça permet de rester tranquillement à table pour manger l’entrée !)
– aller chercher le poulet et les galettes (encore chaudes) et servir avec le vin (encore plus surprenant que ceux que le caviste m’avait conseillés avant, mais toujours aussi adapté au plat !)
– débarrasser et servir le dessert qui attendait à divers endroits…

L’objectif « magie » était donc globalement atteint : les invités ont été surpris par les plats (contenu de la marinade, nature des galettes…), n’ont rien vu traîner en cuisine (ce qui ne les a pas aidés à deviner de quoi étaient faits les plats !), et se sont régalés. Mieux encore, on a pu passer tout notre temps ensemble à table sans que je n’aie à faire 50 allers-retours en cuisine. Et ça, mine de rien, ça vaut tous les tours de magie du monde !

Quand on manque d’ustensiles…

Laisser un commentaire

Les œufs, c’est magique ! Ça a tout plein de propriétés super intéressantes, et il y a mille manières de les utiliser :
– en les cuisant au plat, à la coque, dur, en omelette, etc.
– en les cassant dans un bouillon de nouilles (j’ai découvert ça au Japon l’année dernière, et depuis je ne mange presque plus jamais mes nouilles sans y casser un œuf !)
– en battant les blancs en neige (je me demanderai toujours comment cette utilisation a été découverte…), en gardant le jaune pour dorer les gâteaux
– dans des quiches, pour des gâteaux, des flans, des crèmes dessert, etc.
– en s’en faisant un shampooing
– en les lançant sur les gosses des voisins quand ils font du bruit dans la cour
– en peignant les coquilles pour faire de la déco
– …

Du coup, même après 24ans d’existence, on a toujours une chance d’être surpris en découvrant de nouvelles utilisations possibles. La preuve : hier, en allant au resto, j’ai découvert les œufs cocotte (bah oui, je ne connaissais pas encore, honte à moi…). Et dès le lendemain, j’ai voulu essayer de m’en faire à la maison.
Seulement le problème, pour les œufs cocotte, c’est qu’il faut des récipients adaptés, comme des petits ramequins supportant la cuisson au four, ou des mini-cocottes en fonte. Typiquement le genre de choses qui manquent dans une cuisine d’étudiant… Ce qui fait qu’un dimanche soir, tous les magasins étant fermés (mais qui aurait envie d’aller faire les magasins un dimanche soir pour s’acheter des ustensiles de cuisine, de toute façon ?), je n’avais aucun espoir de pouvoir acquérir l’équipement nécessaire pour répondre à mon caprice digne d’une femme enceinte. Tant pis. Je me suis donc résolu à faire une pizza, en attendant le lendemain et l’ouverture des magasins.

Ma pâte (farine, eau, huile d’olive, romarin) finissait de reposer au frigo. Mon four préchauffait. Mes oignons avaient déjà fini de caraméliser (oui, je mets aussi des oignons dans la pizza…). Je venais de les arroser de coulis de tomate, dans lequel j’avais déjà ajouté quelques herbes (sauge, thym, origan) et mis à tremper quelques tranches de lard. Je m’apprêtais à découper des poivrons en lamelles pour décorer. Et en coupant la tête du premier poivron pour en vider les graines, j’ai pu constater qu’un poivron, c’est creux. Oui, bon, bien entendu, je m’en étais déjà rendu compte, et j’avais même déjà farci tout plein de poivrons dans ma jeunesse. Mais je n’avais encore jamais réalisé que ça pouvait éventuellement se substituer à une mini-cocotte ou à un ramequin. Et même s’avérer bien mieux que ces pauvres petits ustensiles, étant donné que les poivrons, au moins, ça se mange ! Donc non seulement ça a du goût, mais surtout, ça diminue la quantité de vaisselle à nettoyer à la fin du repas ! Si c’est pas génial, ça, la vaisselle comestible !

Du coup, au diable la pizza : ce soir, ce sera œufs cocotte ! Mais histoire de pas avoir commencé à préparer plein de bonnes choses pour rien, on va bien réussir à les réutiliser…
– La pâte ? Au lieu de l’étaler sur un gros plat, j’en fais des petits rouleaux de la taille d’un doigt, et je le mets à cuire comme ça, nature. Ça fera des mouillettes !
– La sauce tomate ? Bah les mouillettes, il va bien falloir les tremper dans quelque chose, non ?
– Les tranches de lard ? Hop, tapissées à l’intérieur des poivrons ! Deux poivrons, quatre tranches de lard, ça fait deux tranches par poivron, et il se trouve que c’est pile poil ce qu’il faut pour tapisser tout l’intérieur ! Y a plus qu’à casser les œufs dans les poivrons (deux œufs par poivron, ça remplit pile poil), à saupoudrer de sel, d’une pincée de paprika et de quelques tours de moulin à poivre, à remettre la tête du poivron par dessus (comme un petit couvercle, mais en plus joli et plus comestible !), et à enfourner (à 220°C, une dizaine de minutes).

Une fois tout ça sorti du four, y a plus qu’à se régaler ! Au final, c’est nettement meilleur que la pizza, c’est beaucoup plus joli à présenter que de simples petits ramequins, ça donne un goût en plus aux œufs, ça diminue la quantité de vaisselle, et ça évite d’aller faire les magasins un dimanche soir pour surcharger la cuisine avec plein de nouveaux ustensiles ! Alors pourquoi se priver ?