L’avantage d’aller au marché tard, c’est qu’il y a souvent plein de bonnes petites promos, surtout chez le poissonnier. Les inconvénients, en revanche, peuvent être gênants.
Le premier problème se pose quand on vient sans savoir précisément ce qu’on veut. Il peut en effet devenir difficile de se décider face à 2 promos particulièrement intéressantes. Par exemple, quand on s’est juste dit « ça serait sympa de se faire du poisson ce midi ! » et qu’on se retrouve à devoir faire un choix entre les 2 bars à 8 euros ou les 4 soles à 10, c’est pas évident… A pile ou face, on se décide finalement pour les bars, en se disant que la sole y passera la semaine prochaine.
Le deuxième problème se pose toutes les semaines suivantes, quand on sait trop précisément ce qu’on veut. Parce que les stocks ne sont pas les mêmes toutes les semaines, et que quand on arrive tard, le dernier exemplaire du produit qu’on convoitait peut s’envoler juste sous nos yeux. Comme ces satanées soles : une fois, au moment où on arrive au marché, il n’y en a déjà plus du tout. La fois suivante, il y en a encore une bonne quantité, mais les poissonniers n’ont pas encore commencé à les brader. On se dit alors qu’on va d’abord faire le reste des emplettes et revenir un petit quart d’heure plus tard… Sans s’imaginer que la famille nombreuse ou le resto du coin allait décider pile poil ce jour là de servir de la sole, et en embarquer 10 kilos d’un coup. Et la fois d’après, miracle, il reste exactement 2 soles sur l’étal, vendues 6 euros. On se dit que c’est notre jour de chance, on fait la queue en croisant les doigts pour que tous les clients de devant choisissent autre chose. On se réjouit quand le client juste avant nous se contente de crevettes. Et on enrage quand, notre tour venu, la poissonnière demande « C’est à qui ? », que quelqu’un arrive de nulle part et sort « A moi. Je vais vous prendre les soles, là. ». S’il y avait eu un espadon sur l’étal, je crois que je l’aurais attrapé pour embrocher l’importun avec. Ou des oursins, pour lui fourrer dans les vêtements. Ou des crabes, pour lui arracher la langue avec leurs pinces. Ou n’importe quoi de suffisamment gros et contondant pour l’en assommer. Mais non, il ne restait sur l’étal que ces 2 soles, qui se sont envolées sous nos yeux.

Avec politesse et retenue, on a donc pris ça comme un signe du destin : ce n’était probablement pas le moment de poêler des soles. Il y avait certainement un autre plat qui nous attendait, et conviendrait encore mieux à ce jour. On s’est donc rabattus sur notre volailler, juste en face du poissonnier. Bon, bien entendu, comme il commençait déjà à se faire tard, il n’avait plus grand-chose en stock. Et comme, avouons-le, après avoir tant salivé sur les soles, cette fin en queue de poisson avait envoyé glisser nos envies de cuisiner à terre. On a donc visé simple, et commandé un demi-poulet rôti, avec des patates cuisinées. Déjà tout chaud, tout prêt à consommer. « Et avec ça, je vous mets quoi ? Si vous voulez, on fait les 4 coquelets à 12 euros ! ». Ah ? Tiens, oui, pourquoi pas ? Comme on héberge une amie toute la semaine, faut bien prévoir de manger un peu aussi… « Allez, soyons fous, 4 coquelets ! Et puis un peu de farce de volaille, on se fera des légumes farcis après ! Un peu plus, même, au pire on congèlera pour plus tard ! Oh, et puis si vous avez des carcasses, mettez nous en un peu aussi, pour faire un bouillon ! Et puis… Et puis… Euh… ça sera déjà pas mal comme ça ! Merci ! ». Comme quoi il suffit de pas grand-chose pour raviver les envies de cuisiner…

Bon, en revanche, comme on a déjà le poulet rôti pour le midi, et une invitation pour le soir, on est bien obligé d’attendre le lendemain soir pour s’atteler à ces petits coquelets. Je quitte le boulot un peu en avance exprès pour l’occasion, histoire d’être sûr d’avoir le temps de leur faire leur affaire. Et surtout, de décider comment les préparer… Moi, je veux les cuire en sauce à la cocotte. Ma moitié les veut rôtis. L’invitée s’en fout, elle est sûre que de toute façon ce sera bon. Mais histoire que tout le monde soit content, je me dis qu’on va faire à la fois en sauce (le début de la cuisson) puis rôtis (pour avoir une peau bien grillée !).
Je commence donc par préparer un bouillon avec les carcasses de poulet et les restes du poulet rôti de la veille : je mets tout dans la cocotte avec quelques feuilles de laurier, une grosse branche de thym, un oignon, et une vieille tomate qui commençait à ne plus être très présentable. Je laisse bouillir assez vivement pendant une dizaine de minutes, puis je laisse à feu plus modéré le temps de préparer le reste et de papoter un peu (une bonne grosse demi-heure). A côté de ça, je prépare de quoi enduire et farcir les coquelets : pour l’extérieur, un mélange miel – coulis de tomates – bouillon cube, que je fais réduire quelques minutes pour que ce soit assez épais pour bien se badigeonner ; pour l’intérieur, des restes de pain sec frottés à l’ail et trempés dans un petit suisse mélangé avec des herbes (estragon, thym, sarriette, marjolaine) et une petite cuillerée du mélange miel – tomate. Je laisse ensuite mariner les coquelets ainsi farcis et enduits, le temps de finir de m’occuper du bouillon.
Je sors tous les os de la cocotte, en essayant d’en détacher toute la viande. J’en sors également les feuilles de laurier et la branche de thym, puis je mixe ce qui reste dans la cocotte (bouillon, viande, oignon, tomate). J’ajoute un peu de farine pour épaissir le tout, et j’y mets mes 4 coquelets à cuire à feu moyen et à couvert.

Pendant ce temps, on prend tranquillement un petit apéritif et une entrée. Au bout d’environ 45 minutes, je retourne en cuisine pour sortir les coquelets (déjà quasiment cuits) de la cocotte, les transférer dans un plat allant au four, et les enfourner une bonne dizaine de minutes à 250°C pour les faire dorer. J’en profite pour mettre à réchauffer ce qui nous restait de patates du repas de la veille, en leur ajoutant quelques cuillerées de la sauce dans laquelle a cuit la volaille et quelques croûtons aillés. Et une fois tout ça prêt, j’apporte à table le plat avec les coquelets, le plat de patates avec les croûtons, et un grand bol plein de sauce.

Ma moitié est ravie, parce que la peau est croustillante comme elle l’aime (voire même meilleure, parce que non seulement la peau a caramélisé, mais la sauce a également formé une petite croûte succulente !). Je suis content aussi, parce que la viande est extra tendre et savoureuse avec la cuisson en cocotte, et qu’en plus il y a une sauce pour accompagner le tout (surtout pour y tremper les croûtons aillés : c’est à se damner !). Et notre invitée est comblée, tout simplement parce que c’est bon.
Et puis l’avantage des coquelets, en plus du fait que c’est plus tendre qu’un simple poulet, c’est que ça fait juste la bonne quantité pour une personne, et qu’on n’est pas obligé de se battre pour savoir qui prendre le blanc et qui prendra les cuisses : tout le monde y trouve son compte. Sauf au moment de se partager le quatrième coquelet…

Coquelet rôti

Coquelet rôti

Et le lendemain, pour finir le reste de sauce, on l’ajoute à une plâtrée de pâtes qu’on met ensuite à gratiner au four… Un régal de plus !

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