Ces derniers temps, on cuisine de moins en moins souvent à la maison. Du coup, le dimanche, quand il s’agit de préparer une liste de courses pour le marché, on sèche : impossible de se projeter sur la suite de la semaine pour savoir combien de soirs on va préparer à dîner, et donc impossible de prévoir les provisions à acheter en conséquence. Alors à défaut de liste, on fait au feeling.

Dimanche dernier, le feeling m’a donc fait tomber nez à nez avec un céleri rave. Dès le premier regard, on a tous les deux senti une forte affinité, et on a immédiatement compris qu’on allait pouvoir faire de belles choses ensemble. Même si, sur le moment, aucun de nous deux n’avait la moindre idée de la façon précise dont allait se dérouler la suite des évènements…

Soucieux de ne pas me laisser influencer par les histoires des autres, je me suis d’abord fermé à toute source d’inspiration extérieure. Je voulais que notre histoire nous ressemble vraiment, qu’elle soit unique, qu’elle ne ressemble pas à un énième réchauffage de choses déjà vues et goûtées mille fois ailleurs. Mais malheureusement, on ne renie pas ses racines si facilement (et c’est d’autant plus vrai quand on a à faire à un céleri rave…). Il a donc fini par arriver un moment où j’ai eu la nostalgie d’une histoire passée. Les souvenirs d’une certaine soirée chez ma belle-sœur m’ont alors submergé, et, au fond de moi, je sentais que j’avais envie de goûter à nouveau à de tels plaisirs. Ah, ses délicieuses galettes de pommes de terre ! En me remémorant ça, j’ai regardé mon céleri rave et je lui ai promis que nous aussi, on allait faire des galettes délicieuses !

Au moment de nous lancer dans l’expérience, j’ai néanmoins senti que mon partenaire n’était pas parfaitement prêt. De sales réminiscences de son passé chez le maraîcher lui collaient encore à la peau. J’ai donc dû le laver, et le peler. Une fois qu’il s’est retrouvé ainsi nu face à moi, il était temps de passer aux choses sérieuses. N’étant pas d’humeur très tactile ce jour-là, j’ai préféré utiliser une grosse râpe pour l’instant caresses. Ça n’a pas été du goût du pauvre céleri rave, qui a fondu en lambeaux… Pour le réconforter et adoucir un peu la chose, je lui ai offert un peu de compagnie en râpant également une grosse pomme de terre. Cependant, j’ai vite senti que les choses n’allaient pas bien coller entre eux : j’ai donc ajouté deux œufs, pour les aider à mieux se lier au moment de la cuisson. Puis, pour relever un peu la saveur de leurs échanges, j’ai saupoudré de sel, de poivre et de noix de muscade. Ça n’a pas semblé les enchanter, puisque sous l’effet du sel (bien connu pour faire se vider les légumes de toute leur eau), la réaction des deux nouveaux amants ne s’est pas faite attendre : ils ont pleuré toutes les larmes de leur corps ! J’ai épongé tout ce que j’ai pu, et, ne voulant pas paraître insensible face à leur situation, j’ai pelé et émincé un oignon, qui m’a aidé à pleurer à mon tour au moment de l’ajouter dans le saladier. Après tant d’émotion, il était bien nécessaire d’apporter un peu de douceur : une demi-brique de crème fraîche et un peu d’emmental râpé étaient des armes idéales pour y parvenir.

C’est alors que les choses ont vraiment commencé à chauffer. Bon, la poêle que je venais de mettre sur le feu avec un fond d’huile y ont certainement un peu contribué… Dès que l’huile est arrivée à température, j’y ai mis deux grosses cuillerées du mélange préparé, j’ai façonné ça sous forme d’une belle galette bien ronde, et dans l’effervescence du moment, en quelques minutes (deux sur chaque face), tous les ingrédients ont fini par bien s’entendre. Et ainsi, par poêlées de trois, une quinzaine de belles galettes se sont unies sous mes yeux par les liens sacrés de la cuisson.

Galette céleri-patate

Galette céleri-patate

Toute union débouchant sur un banquet, celles-ci n’ont pas dérogé à la règle. Une fois à table, les galettes céleri-patate y ont rencontré un franc succès ! Mieux encore : les deux dernières à être restées dans le plat, empilées l’une sur l’autre, m’ont soufflé une délicieuse idée pour un prochain essai : des burgers-galettes : un steak haché (ou même une version végétarienne du steak haché, à base de légumineuses), un peu de roquette et des petites tomates confites, le tout pris en sandwich entre deux galettes céleri-patate… Il me tarde déjà d’avoir le temps d’essayer ça !

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