Souvent, quand je pars faire les courses seul ou que je pars simplement me promener en ville, je me fais charrier à mon retour à la maison parce que j’ai « encore » acheté un truc pas vraiment utile… La semaine dernière, par exemple, je suis rentré avec un super beau bouquin sur la gastronomie en France (parce qu’il était en promo et vendu seulement quelques misérables euros). Et la réaction ne s’est pas faite attendre : « Quoi ? Encore un bouquin de cuisine ? ». Oui, mais celui-là n’est pas un bouquin de cuisine comme les autres. Déjà, il est plein de photos sur le patrimoine culinaire français (et j’aime bien les belles images !). Ensuite, il est plein de petits articles sur différentes spécificités françaises (sur « notre » façon de recevoir, d’aller au marché, de sortir pique-niquer, etc). Et enfin, oui, il y a quelques recettes (quand même !).

La France qui mange

La France qui mange

Et en feuilletant un peu les pages de ce bouquin, je suis tombé sur une recette qui m’a intrigué : une confiture au vin. C’est à dire avec une bouteille de pinot noir, 1kg de sucre, et le jus d’un citron. Et évidemment, j’ai voulu tenter ! J’ai pris la première bouteille qui me passait sous la main (un beaujolais nouveau qui restait…), j’en ai versé la moitié dans une casserole, j’y ai ajouté 500g de sucre cristal, le jus d’un demi-citron, et j’ai laissé réduire à feu moyen pendant une bonne heure.

Pendant toute l’heure qu’a duré la cuisson, je me suis quand même interrogé sur la manière dont cette confiture allait prendre. D’habitude, quand c’est trop liquide, il faut au moins ajouter un petit quelque chose pour que ça fasse de la gelée. Par exemple, pour ma dernière confiture (aux pêches sauvages, aux fruits des bois et aux herbes), j’avais ajouté une cuillerée à soupe de gelée de pommes en fin de cuisson (sur le conseil de mon père, qui cuisine pourtant rarement…), et, en quelques minutes, ça a pris ! Mais pour cette fois, comme j’essayais de suivre une recette, je me suis dit que j’allais laisser faire…
Après l’heure de cuisson, donc, la préparation était un peu plus épaisse, mais ressemblait plus à un coulis qu’à une confiture. J’ai mis en pots, en me disant que ça durcirait peut-être un peu en refroidissant. Que nenni ! La prochaine fois, j’écouterai mon « instinct » plutôt que de suivre aveuglément une recette ! Parce que du coup, le résultat est trop liquide pour être utilisé comme confiture (même si le goût est vraiment excellent !)…

Heureusement, les idées ne manquent pas pour l’utiliser : ma chère et tendre est toujours contente d’avoir des choses à mettre dans son yaourt le matin, tout comme elle est ravie dès qu’elle a une excuse pour faire de la panna cotta. Et pour Noël, on pourra même refaire l’essai (version gelée ou version coulis) avec du vin chaud, en y ajoutant miel et épices !
Mais ça ne résout pas pour autant le problème présent : moi, je voulais utiliser cette « confiture » avec des plats salés ! Du coup, pour chercher des idées, j’en ai versé un peu dans un ramequin, je me suis assis devant, les yeux fermés, j’y ai trempé mon doigt, et j’ai goûté en essayant d’imaginer ce qui pourrait se marier avec. J’ai vite fini par me dire que ça irait bien pour un apéro, avec tout un assortiment de trucs à tremper dedans : samossas, accras, briouats, etc. Et très vite, l’idée de l’apéro m’a fait me rappeler d’un autre bouquin que j’avais failli acheter quelques jours plus tôt (mais comme ce jour-là, j’étais deux, j’ai réussi à ne pas craquer !) : un livre dont la couverture montrait différents gnocchis dans une assiette avec des cure-dents plantés dedans.

Gnocchis

Gnocchis

En voyant ça, je m’étais dit que l’idée des gnocchis aromatisés pour l’apéro était sympa, et qu’il faudrait essayer, un jour, à l’occasion…

Je tenais donc l’occasion rêvée pour tenter ça ! J’avais une sauce apéro, il ne me manquait que les gnocchis à y tremper… Je restais sur un mauvais souvenir de la dernière fois où j’en avais préparé, quelques années avant : j’avais (vaguement) suivi une recette trouvée sur internet, et ça m’avait donné une pâte très collante. J’avais donc dû ajouter beaucoup de farine pour lui donner une bonne consistance, et mes gnocchis étaient finalement trop pâteux. Heureusement, la sauce était bonne et avait permis de sauver la mise. Mais du coup, pour mon deuxième essai, j’ai eu envie d’éviter une nouvelle catastrophe ! J’ai sorti un bouquin que m’avaient offert mes beaux-parents à Noël, dans l’espoir d’y trouver une vraie recette de gnocchis à l’ancienne.

La Cucina della Mamma

La Cucina della Mamma

Petite parenthèse sur ce livre, d’ailleurs, parce qu’il le mérite ! C’est un concentré de vieilles recettes italiennes, pour des pâtes (fraîches ou sèches), des risottos, des sauces, des viandes, etc. Il est particulièrement cool parce qu’il est fait tout en papier et carton recyclé, parce que les recettes sont données avec leur région d’origine et avec quelques indications historiques, et surtout, surtout, parce qu’à côté des textes dactylographiés en français, il y a la « recette originale » manuscrite en dialecte italien (par exemple, quand la recette vient du Trentin, ça donne un truc qui ressemble vaguement à de l’allemand et c’est écrit avec une écriture à peine lisible pour un non-initié à la nonnographie – l’écriture de grand-mère). Bref, c’est donc un beau livre à offrir à tout amateur de cuisine italienne !
Mais malheureusement, même avec les plus belles recettes de gnocchis de ce bouquin, je n’ai pas réussi à avoir une pâte qui ne colle pas… J’ai pourtant tout bien suivi : patates à purée cuites à la vapeur, puis passées un peu au four, puis broyées en purée, puis un œuf, un peu de sel et un peu de farine (et un peu de muscade et de parmesan, j’ai pas pu m’empêcher de dévier un peu…), puis un bon malaxage de tout ça. Mais rien à faire : j’ai beau ajouter de la farine, la pâte colle toujours autant ! Sauf que cette fois, plutôt que d’en ajouter indéfiniment, j’ai décidé de garder la pâte collante ! Je me suis armé de deux cuillères pour façonner des petites boules de la taille d’une phalange (parce qu’avec les mains, ça collait trop, c’était impossible…), et je les ai jetées au fur et à mesure dans une casserole d’eau bouillante. Dès qu’un gnocchi remontait à la surface (après à peine une minute de cuisson), je le sortais pour le mettre dans une poêle avec un peu de beurre, pour l’y faire revenir une dizaine de minutes. Toute une organisation pour réussir à enchaîner façonnage, cuisson à l’eau, cuisson à la poêle ! Et avec les mains pleines de pâte collante, c’était pas évident ! Mais finalement, le résultat en valait la chandelle, parce que les gnocchis étaient bons ! Même si, je dois l’avouer, ils avaient vraiment une sale gueule…

Ah, j’oubliais ! Juste avant de commencer à cuire mes gnocchis, je m’étais dit que ce serait mieux d’avoir plusieurs sauces où les tremper. Ça tombait bien, le week-end précédent, j’avais justement ramassé plein de champignons dans les bois avec mon père ! D’ailleurs, ma chérie s’était encore moquée de moi parce qu’on avait déjà un stock de champignons et que, d’après elle, c’était pas la peine d’en rapporter plus. Mais bon, j’ai pas pu m’en empêcher, face à tous ces beaux petits bolets, girolles, pieds de mouton et pieds bleus qui me faisaient les yeux doux pour pas que je les laisse seuls dans les bois ! Du coup, j’ai voulu profiter de l’occasion pour faire une petite sauce aux champignons. Comme j’avais tout déshydraté pour les conserver plus longtemps (mes parents ont une machine pour ça, c’est pratique !), j’ai mis à tremper une poignée de girolles grises dans de l’eau bouillante pendant une dizaine de minutes pour les réhydrater. J’ai ensuite fait blondir un quart d’oignon émincé pendant cinq minutes dans une grosse cuillerée de beurre. J’ai saupoudré ça d’une petite cuillerée de farine, remué doucement pendant une bonne minute, puis j’ai ajouté l’eau de trempage des champignons (l’équivalent d’une tasse de thé) avec un quart de cube de bouillon de bœuf et une cuillerée de baies broyées au mortier. Oui, en fait, j’avais hésité entre une sauce aux poivres et une sauce aux champignons, et j’ai fini par mélanger les deux… J’ai laissé mijoter ça pendant une quinzaine de minutes, le temps que ça réduise. J’avais l’intention d’y ajouter les champignons émincés, mais en voyant mon plan de travail plein de pâte à gnocchis collante, ça m’a découragé, et j’ai préféré garder les champignons de côté pour une autre utilisation le lendemain. De toute façon, l’eau de trempage avait déjà un goût assez prononcé, donc même sans les morceaux de champignons, cette petite sauce était excellente !

Finalement, une fois tous les gnocchis cuits et poêlés, une fois les deux sauces prêtes, et une fois mes mains débarrassées de tout reste de pâte collante, j’ai pu servir ça à table. À la base, c’était censé être seulement l’apéro, et avec toutes les complications que j’ai eues avec ma pâte, je n’ai rien eu le temps de préparer d’autre… Mais heureusement, les gnocchis, c’est assez bourratif (en Italie, mon père les appelle d’ailleurs les « étouffe-chrétiens »…), donc on a pu se contenter de ça pour le dîner ! Avec le duo de sauces (le coulis au vin, sucré, et la sauce poivres-champignons, salée) et un petit verre de beaujolais, c’était un régal !

Gnocchis apéro avec duo de sauces

Gnocchis apéro avec duo de sauces

Tout ça m’aura néanmoins appris une chose : quand j’essaie de suivre une recette (que ce soit celle de la confiture de vin ou celle(s) des gnocchis), c’est un échec. Cela dit, c’est pas ça qui m’empêchera de continuer à acheter des bouquins de cuisine pour passer mes soirées à les feuilleter, que ce soit pour y trouver des bonnes idées mais aussi pour le simple plaisir de me faire saliver !

Publicités