Oui, je sais, j’ai mis du temps avant de faire un compte-rendu de ce deuxième épisode, qui était pourtant particulièrement riche en émotions ! Voilà donc un petit résumé des moments forts de la séance, dont le thème était « Soupe d’étrilles et pommes tournées »

Première partie, où nous apprenons à connaître nos ennemis du jour
Ennemis n°1 : les coquillages (palourdes, praires, amandes, moules, coques).
– Comment en venir à bout : en les cuisant quelques minutes à couvert dans un fond de vin blanc, en mettant les amandes au fond parce qu’elles sont plus coriaces
– Comment achever les plus réticents : en les attaquant par derrière au couteau (pour les ouvrir), en prenant garde de ne pas riper et se couper
– Comment disposer de leurs cadavres (parce que même cuites et ouvertes, elles peuvent continuer à nous enquiquiner !) : en enlevant tout le sable qu’elles peuvent avoir gardé dans leurs poches ; en évitant de trop frotter les coquilles des praires qui ont tendance à s’effriter ; en ne gardant pour la présentation que la partie de la coquille où le mollusque est accroché
En bonus, le doyen de la communauté nous narre ses derniers exploits de pêche aux coquillages…
Ennemi n°2 : L’étrille (un petit crabe sombre)
On apprendra juste que l’ennemi est fourbe et mystérieux, et que nous le découvrirons au moment de l’affronter… En bonus, on s’écoute une petite musique stressante…

Deuxième partie, où nous préparons le terrain où aura lieu l’affrontement avec l’ennemi
On émince une carotte (lavée mais non pelée), un oignon et un quart de bulbe de fenouil, et on les fait dorer quelques minutes à l’huile d’olive dans une grande casserole.

Troisième partie, où nous affrontons lesdits ennemis
Une fois le terrain prêt pour l’affrontement, le Chef dépose sur sa table cinq crabes. Vivants. Il attrape une casserole, et en assomme d’un coup aussi précis que puissant ses cinq adversaires. Sous nos regards choqués et nos bouches bées, il les jette ensuite dans sa casserole en expliquant en quoi consistera la suite de la préparation. Cela fait, il se dirige vers le frigo d’où il sort une caisse de crabes, et en dépose cinq sur chaque table. Vivants, eux aussi, même si un peu endormis par le froid. « A vous, maintenant ! ».
Aucun des membres de la communauté n’ose bouger. Les crabes, eux, commencent à se réveiller, à s’agiter, à essayer de descendre de la table. « Comment ? On… On… On va devoir les tuer, comme ça, d’un coup de casserole ? Mais… mais ça va leur faire mal ? Et s’ils meurent pas sur le coup ? » Plus on hésite, plus les crabes semblent se réveiller et devenir féroces face à nous. Je prends mon courage à une main, ma casserole dans l’autre, et je donne un gros coup sur chaque crabe. Comme à la fête foraine, quand il faut taper sur des trucs le plus vite possible. Mon deuxième crabe bouge encore. Plus pour longtemps : le coup de grâce a raison de lui. Par endroits, la chair sort de la carapace et dégouline un peu sur la table. Ils n’auront pas souffert. Pas trop, en tous cas. Moins que s’ils avaient dû cuire vivants, nous rassure le Chef.
Je jette ensuite tous mes crabes dans la casserole, je laisse chauffer quelques minutes, puis je flambe ça avec quelques centilitres de cognac. Le feu, y a rien de mieux pour effacer les traces du carnage ! Mais histoire d’être bien sûr, je noie le tout dans un litre d’eau. Et pour m’assurer que les enquêteurs ne pourront plus remonter jusqu’à moi après la cuisson d’une heure à feu doux, j’ajoute l’écorce d’un quart d’orange (seulement la partie orange, pas le blanc !) et du concentré de tomates : idéal pour brouiller les pistes. Et là, enfin, enfin, je peux souffler un bon coup.

Quatrième partie, où, pour célébrer la victoire, on fait tourner les légumes
« Vous remarquerez, quand vous allez dans un bon resto, tous les légumes ont exactement la même taille et la même forme. Si vous regardez plus attentivement et que le chef est bon, vous remarquerez même que les patates ont 7 facettes, un peu comme des diamants. On appelle ça des pommes tournées. Et ça marche aussi avec des carottes »
Le Chef nous montre donc comment faire. On essaie. C’est beaucoup de chipotage pour un résultat assez peu convaincant. Soit, c’est le prix du raffinement. On ne m’y reprendra pas : je préfère mes patates biscornues, je leur trouve plus de charme ! Et je préfère passer mon temps à assommer des crabes qu’à tourner des patates ! Mais bon, c’est vrai que pendant que la soupe cuit, il faut bien trouver à s’occuper, et le tournage de légumes est une bonne alternative au tournage de pouces ou de serviettes…

Cinquième partie, où nous livrons la bataille finale
Un crabe, surtout lorsqu’il a été broyé d’un coup de casserole, c’est plein de morceaux de carapace qu’on a pas envie de retrouver dans sa soupe. La technique, pour s’en débarrasser et avoir une bisque onctueuse, c’est de passer la préparation au presse-purée. Les carapaces ne passent pas, seuls la chair, le bouillon et les légumes se retrouvent dans le bol. C’est magique ! Mais un peu barbare, certes…
Il n’y a alors plus qu’à ajouter à la soupe une pointe de safran, deux pincées de sel et une de poivre. On verse ça dans l’assiette, on dispose les coquillages et les légumes tout autour (et un peu dedans), et on déguste avec un bon Sauvignon vieilli en fût de chêne ! C’est tellement bon qu’on ira jusqu’à saucer les casseroles pour qu’il n’en reste pas une goutte. La communauté du fourneau aura bel et bien anéanti l’ennemi ce jour là !

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