Pour se détendre après une grosse journée, il y a des gens qui écoutent de la musique, qui s’écroulent devant la télé le temps d’un film, qui sortent faire un footing ou boire un verre, qui postent quelques derniers messages sur Facebook ou Twitter, … Moi, je fais du pain.

Depuis que ma mère m’a filé un peu de levain, j’en fais à peu près un kilo, une ou deux fois par semaine. C’est tout simple à faire :
– La veille (quand je me rends compte qu’il ne me reste plus beaucoup de l’ancien pain), je sors le pot de levain du frigo (je le garde dans un grand bocal qui en contient juste un fond, l’équivalent de 100g). Je le nourris avec de la farine et de l’eau. Pour les quantités, globalement, il suffit d’en rajouter assez pour que ça double le volume de ce qu’il y avait avant (que ça fasse à peu près 200g, quoi), et d’équilibrer eau et farine pour que ça garde une texture un peu collante (ni vraiment liquide, ni vraiment solide, mais entre les deux). Je laisse ensuite le pot à température ambiante pendant 24h, sans le refermer complètement : le levain, c’est vivant, et quand on le nourrit, il gonfle, il gonfle, il gonfle ! Et si jamais on a pris un pot trop petit, soit on a pris soin de le laisser ouvert et ça déborde, soit on l’a fermé et ça éclate. C’est dangereux, comme truc, hein ? En plus ça pue, c’est affreux ! Mais c’est gentil comme tout, sinon : c’est sage, ça pas fait de bruit…
– Le soir suivant, je mélange dans un grand saladier 530g de farine, 330ml d’eau, 10g de sel, et 100g de levain (la moitié de ce qu’il y a dans le pot. Et après, je referme le pot et je le mets à hiberner au frigo jusqu’au prochain pain). J’y ajoute éventuellement d’autres ingrédients si je fais un pain spécial.
– Je mélange bien tout ça. C’est tout collant au début, c’est dégueulasse, on s’en fout plein les mains et on en met sur tout ce qu’on touche ! Mais en rajoutant de la farine, petit à petit, ça finit par aller mieux. A partir de là, je pétris, je rajoute de la farine dès que ça colle un peu, je pétris, je rajoute une pincée de farine, je pétris, …
– Au bout d’une vingtaine de minutes, la pâte est bien lisse, bien homogène. Elle ne colle ni aux mains, ni à la table, mais elle se tient bien quand même. Si elle paraît trop sèche, c’est qu’il y a un peu trop de farine : il faut rajouter quelques ml d’eau. Mais pas trop parce que sinon ça recolle et faut rajouter de la farine. Mais pas trop non plus hein ! C’est une question d’équilibre ! Quand la texture est bien, y a plus qu’à donner à la pâte une forme de gros boudin, la mettre dans un moule à cake (suffisamment gros), couvrir d’un torchon, et laisser à l’abri pendant quelques heures (dans le four éteint, par exemple).
– Le lendemain matin, quand je me lève, la pâte a triplé de volume. Je crie « Ouuuaaaahhhhh c’est trop bien ! » parce que ça m’impressionne toujours autant. Je mets le four à chauffer à 200°C, je fais quelques entailles avec un couteau bien aiguisé sur le dessus du pain (il lève mieux à la cuisson, et il a une meilleure gueule quand il est cuit), je l’enfourne pendant 10min en le laissant dans le moule, je le sors du moule, je remets à cuire 30min de plus, je le sors du four, et je me régale ! Bon, officieusement, je ne le fais jamais exactement cuire de la même façon : des fois je le cuis 40min dans le moule, des fois je le sors du moule dès le début, des fois je le retourne avant de faire les entailles et de le mettre à cuire, des fois je règle mal la température… C’est jamais exactement pareil au niveau de l’allure (et ça ressemble jamais au pain que fait ma mère au feu de bois dans son grand four…), mais c’est toujours aussi bon ! Et puis c’est marrant d’expérimenter, surtout au réveil !
Sinon, globalement, une fois tranché, un pain normal, ça ressemble à ça :

Pain au levain maison

Pain au levain maison

Extraordinaire, non ? Bon, désolé si je ne mets pas beaucoup de photos, mais j’ai toujours tendance à vouloir manger dès que c’est prêt, et j’ai jamais le courage de prendre le temps d’aller chercher l’appareil photo pour immortaliser les plats…

Sinon, faire son pain soi-même, ça a tout plein d’avantages :
– le pain au levain comme ça, c’est vachement bon !
– ça fait économiser l’achat d’une baguette par jour. Y a juste à acheter de la farine de temps en temps. L’eau, on a la chance d’en avoir au robinet, et le levain, il se régénère tout seul. Que demande le peuple ?
– ça donne un pain qui pourrait se garder une semaine entière (mais comme il est bon, il tient rarement si longtemps…)
– on peut varier les plaisirs en l’aromatisant avec ce qu’on veut (huile d’olive + romarin, miel + noix, graines, lait, châtaignes, …)
– ça offre une occasion de plus pour se la péter, parce qu’on fait son pain soi-même (y a plein de gens que ça impressionne, alors qu’en fait, c’est vraiment super simple à faire)
– on a la joie de pouvoir goûter le pain quand il est encore tout chaud à sa sortie du four et de s’en faire d’énormes tartines avec une demi tablette de beurre salé sur chaque (même s’il paraît que c’est pas bon pour l’estomac)
– on peut faire peur aux américains en leur disant qu’on a un truc vivant dans le frigo et qu’on le nourrit de temps en temps avant d’en manger une partie (il est cependant préférable de ne leur dire qu’après leur avoir fait goûter le pain, sinon c’est moins drôle…)
– ça dispense de se taper la traversée de la France tous les week-ends pour aller se réapprovisionner chez les parents (bon, ça embête un peu les parents en question parce qu’ils voient moins souvent leur fils, mais c’est compensé par la fierté qu’ils ont à savoir qu’il fait son propre pain avec le levain de sa mère !)
– et surtout, on profite du pétrissage !
Le dernier point peut paraître un peu bizarre, mais j’avoue que depuis que je m’y suis mis, j’y prends un certain plaisir. Avant, je faisais ça en fin d’après-midi, comme ça la pâte avait le temps de lever 2h avant que je la mette à cuire, et pendant ce temps là je m’occupais à autre chose. Et un jour, j’ai réalisé que le résultat était presque le même si on laissait lever la pâte toute la nuit (la croûte est juste un peu plus dure après la cuisson, et la mie un peu moins aérée…). Du coup, maintenant, je prépare ma pâte avant d’aller me coucher, je mets au four en me levant le lendemain matin, ça cuit pendant que je suis à la douche et que je prépare mes affaires, et j’ai un bon pain tout frais pour déjeuner juste avant de partir au boulot ! Et le pétrissage, le soir, ça détend vraiment. C’est un mouvement un peu répétitif, qui demande un peu de force mais pas trop, et pendant qu’on le fait, on pense à rien d’autre et on est bien.

Au fond, je crois que c’est vraiment ça que j’apprécie le plus dans la cuisine : y passer du temps. C’est une occupation saine, qui a mille qualités :
– c’est extrêmement riche et varié (il y a tellement de recettes à expérimenter que c’est difficile de s’ennuyer)
– c’est super flexible (on peut aussi bien faire des choses simples et rapides quand on a pas trop de temps, que des choses très compliquées quand on a une journée entière à y consacrer. Mieux encore, on peut faire des choses complexes un jour où on a le temps, et les manger un jour où on a moins de temps mais tout autant d’appétit ! Dans tous les cas, on passe toujours un moment agréable)
– c’est à la fois convivial (parce que tout l’intérêt, c’est de partager, que ce soit les moments en cuisine, la dégustation, ou les recettes) et égoïste (on peut se faire ses petits plats tout seul dans son coin, et se garder quelques petits secrets de fabrication !)
– ça fait appel à autant de créativité et de dextérité que n’importe quelle autre discipline artistique, mais ça reste quand même accessible à n’importe qui sans nécessiter trop de pratique
– ça stimule tous les sens (ça sent bon, c’est beau, le bruit des plats qui mijotent est tout simplement divin, et je ne parle même pas du goût !)
– et surtout, quand on a fini de s’occuper, on est toujours récompensé parce qu’on a produit quelque chose de concret et de comestible, même si on s’est complètement raté !

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