Une des choses que j’apprécie beaucoup, dans ma famille, c’est que tout le monde partage le goût de la bonne bouffe. Non seulement ça se traduit par des très bons petits plats quand on arrive chez eux (souvent des trucs simples et rustiques, mais comme c’est fait avec des bons ingrédients et cuisiné avec amour, c’est toujours meilleur !). Mais ça donne aussi le droit à plein de petits cadeaux « en nature » quand on repart.
Mes parents ayant une ferme dans les Pyrénées avec tout ce qu’il y a de bon dedans, je reviens toujours de chez eux avec un sac plein à craquer de victuailles : agneau, cochon, volaille, fruits, confitures, légumes, miel, pain de campagne, etc.
Et ma grand-mère, italienne, étant une cuisinière hors pair avec un beau jardin en banlieue parisienne, mes visites chez elle se terminent toujours par des « Tiens, t’emporteras bien les restes ! Tu veux pas quelques légumes aussi ? ». Etant donné que les repas sont toujours composés d’une grosse tarte aux légumes, de deux plats de lasagnes ou de cannellonis faits à la main, d’un plat de viande (cuite avec des herbes du jardin qui lui donnent un goût unique et inimitable), de plusieurs types de légumes, d’un plateau de fromage, et d’au moins deux gâteaux en dessert, ça laisse bien de quoi manger pour la semaine !

Cette semaine, d’ailleurs, je suis passé chez ma grand-mère en rentrant de vacances. Alors que je lui avais déjà dit au revoir, et que je m’apprêtais à partir avec un demi-plat de cannellonis, une tarte à la rhubarbe, un sac de haricots verts et deux laitues, elle m’a couru après pour me dire :
« Au fait, tu veux pas des courgettes, aussi ? Tu les aimes, les courgettes ? »
« Oui oui, bien sûr, je les aime, mais j’ai déjà plein de choses là, ça devrait aller ! »
« Oh mais les courgettes, celles-là, tu peux les garder longtemps, hein ! Je vais t’en donner quelques-unes, bouge pas ! »
Elle rentre alors dans sa cave et farfouille entre des cagettes, d’où elle me lance : « Tiens, je t’en mets trois, t’en veux plus ? »
« Non, trois c’est parfait, j’en ferai des… »
Et la voilà qui ressort avec dans les bras une courgette de la taille d’une cuisse. Ou d’un nouveau-né, plutôt. Heureusement que la bestiole était bien verte, sinon j’aurais presque pu croire qu’on me présentait un nouveau petit cousin ! Je sais pas si en passant dans les environs, les coureurs du Tour de France sont venus pisser dans le jardin de ma grand-mère, mais en tous cas, le résultat était surprenant ! Heureusement que ce jour-là, je rentrais en voiture, parce que je me voyais mal me balader dans le métro avec Super-Courgette, ses deux petites sœurs, et tout le reste de mon chargement…

Me voilà donc rentré chez moi avec de quoi nourrir la Confrérie des Adorateurs de Courgettes (soit environ quarante personnes…). J’ai d’abord pensé faire en une ratatouille, mais y aurait pas eu assez de place dans la casserole pour les autres légumes. J’ai songé à farcir la grosse courgette, mais vue sa taille, ça aurait nécessité beaucoup trop de farce, et ça ne serait jamais rentré dans mon four. J’ai aussi trouvé qu’un gratin, un velouté ou une purée aurait pu être un bon moyen de me débarrasser rapidement de l’animal. Et puis je me suis dit qu’un légume aussi exceptionnel que celui-ci méritait quand même une recette un peu plus spéciale.
Mes méninges m’ont alors rappelé un petit restaurant où j’avais mangé, un an avant, lors d’un voyage en Toscane, et où j’avais commandé des « lasagnes de légumes ». Dans ce plat, les tranches de pâte qu’il y a dans les lasagnes « classiques » sont remplacées par des lamelles d’aubergine, de courgette, ou d’autres légumes. Et comme beaucoup de choses dans la cuisine italienne, c’est succulent ! D’ailleurs, je me demanderai toujours comment ils arrivent à rendre aussi excellents les plats même les plus simples… Bref, du coup, je me suis dit que si j’arrivais à réussir un plat comme ça avec la courgette de ma grand-mère, je ferais honneur à son pays !

Un petit air de Toscane...

Un petit air de Toscane...

J’ai donc vérifié le contenu de mes placards, pour être sûr d’avoir de quoi préparer ça.
– un pot de sauce tomate maison, pour faire une bolognaise. Oui, j’ai oublié de préciser, mais juste avant que j’aille chez ma grand-mère, ma mère m’avait déjà confié la garde de ce qui l’encombrait dans la cave. Les tomates nouvelles commençant à rougir, elle envisageait d’en passer une partie en sauce, mais avant ça, elle avait besoin de faire un peu de place sur les étagères. Elle m’a donc refilé plein de pots de la cuvée de sauce tomate 2010, en me disant : « Mais t’inquiètes pas, elle est encore bonne, elle se garde bien, tu peux l’utiliser pour tout ! Tiens, tu veux pas un pot de pâté avec ? Du confit ? Des confitures, j’ai plein de confitures, t’en veux pas quelques pots de plus ? Ou du miel, avant que ton père récolte celui de cette année ? Il t’en reste encore 3 pots ? Mais tu manges rien, mon fils, c’est pas étonnant que tu sois si maigre ! »
– de la viande hachée, des oignons, quelques champignons, et un fond de bouillon de boeuf : juste ce qu’il faut pour accompagner la sauce tomate et faire un truc qui ressemble à une bolognaise
– de la farine, du beurre, du lait, une pincée de muscade, et quelques tours de moulin à poivre : la base pour une bonne sauce béchamel
– du parmesan, pour faire gratiner un peu le tout

Une fois les deux sauces préparées, y a plus qu’à transformer la moitié de SuperCourgette en un tas de lamelles (taillées dans la longueur, pour faire des bandes assez régulières). Un économe, un peu de doigté et beaucoup de patience font l’affaire. Comme les lamelles étaient assez fines et que je commençais à avoir vraiment faim, j’ai pas voulu les faire précuire, et je me suis mis direct à jouer aux Legos ! Mettre au fond d’un plat à gratin une couche de courgette, recouvrir d’une couche de bolognaise, puis une couche de courgette, une couche de béchamel, un peu de parmesan, une couche de courgette, une couche de bolognaise, un peu de sel et de poivre, une couche de courgette, une couche de béchamel, un peu de parmesan, une couche de courgette, une couche de bolognaise, une dernière couche de courgette, beaucoup de parmesan, et puis hop, c’était prêt à enfourner ! Oui, c’est un peu long et répétitif, mais on y prend goût !
Et quand on voit, qu’on sent, et qu’on goûte ce qui sort du four après une vingtaine de minutes de cuisson à 200°C, on se dit que ça valait vraiment le coup de s’embêter à faire tout ça, et on est super content d’avoir accepté la grosse courgette de la grand-mère ! Vivement ma prochaine visite chez elle !

Edit: Pour varier un peu les plaisirs, on peut aussi remplacer les courgettes par d’autres légumes (comme des aubergines, par exemple). Dans ce cas, le parmesan n’est pas forcément le meilleur fromage à utiliser pour gratiner (avec les aubergines, il vaut mieux utiliser gruyère ou emmental), et on peut faire des tranches un peu plus épaisses qu’à l’économe (en les faisant bien dégorger avant de mettre à cuire). Mais au final, le résultat n’en est pas moins bon !

Lasagnes d'aubergine

Lasagnes d’aubergine

Publicités