Je reçois régulièrement des touristes étrangers chez moi, qui viennent passer une ou deux nuits sur mon canapé pendant leur visite de Paris. En général, je leur propose de dîner au moins un soir à la maison. C’est l’occasion de passer un petit moment ensemble à parler de la France, de leur pays, de voyages, de cuisine, et de mille autre choses. C’est aussi l’occasion de partager un bon plat (préparé par eux ou par moi) et une bonne bouteille (de bon vin français, ou d’alcool ramené de chez eux). Mais c’est surtout l’occasion d’échanger quelques idées recettes.

La dernière fois, pour plaisanter, j’avais dit à mes deux invitées estoniennes, curieuses de découvrir quelques ingrédients français, qu’elles n’avaient qu’à descendre au supermarché acheter ce qu’elles voulaient, et que j’essaierai ensuite de leur préparer quelque chose avec. Quand elles sont revenues, elles avaient avec elles :
– un artichaut
– trois champignons de Paris
– de la crème fraîche
– six œufs
– deux carottes
Elles m’ont avoué qu’à part pour l’artichaut qu’elles n’avaient jamais goûté, elles avaient surtout eu envie de m’embêter en prenant des ingrédients qu’elles n’avaient jamais vus utilisés ensemble. Elles se demandaient donc ce que j’allais bien pouvoir en tirer.
En regardant tout ça, je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a rappelé la cuisine japonaise, et plus particulièrement les plats comme le donburi (un bol de riz surmonté de garnitures assez variées). Je n’avais encore jamais essayé d’en préparer, mais je me suis dit qu’il était peut-être temps d’essayer.

Donburi japonais

Donburi japonais

J’ai donc commencé par mettre le riz à cuire dans une casserole, et l’artichaut dans une autre.
Pour la première garniture de mon donburi, j’ai fait dorer un oignon émincé avec un peu de saindoux. Au moment où ça commençait à attacher, j’ai arrosé d’une tasse de thé vert matcha et d’une dizaine de traits de sauce soja, en me disant que ça donnerait probablement un goût plus « japonais » au plat. J’y ai ensuite ajouté les carottes et les champignons coupés en fines lamelles, j’ai laissé cuire à feu moyen jusqu’à ce que les carottes soient bien souples (en arrosant d’un peu de thé quand le mélange devenait trop sec), et j’ai mis tout ça de côté.

Entre temps, l’artichaut avait fini de cuire. J’ai fait goûter à mes invitées quelques-unes de ses feuilles (elles étaient étonnées de devoir jeter 99% de celles-ci…), mis les autres de côté, puis j’ai libéré le coeur pour le broyer en purée. Dans un petit saladier, j’ai battu les œufs avec une dizaine de cl de crème fraîche, deux traits de sauce soja, et l’équivalent de deux grosses cuillérées de thé vert matcha. J’y ai ajouté la purée d’artichaut, bien mélangé le tout, et puis hop, tout ça la poêle pour en faire une bonne omelette : la deuxième garniture de mon donburi.

Une fois tout ça fini, mon riz était prêt (et bien collant !) : je l’ai réparti dans trois bols, pour les remplir à peu près aux trois quarts. Par-dessus le riz, sur la première moitié du bol, j’ai mis un bout d’omelette (roulé, pour que ça soit un peu plus épais), et sur la deuxième moitié, un bon paquet de l’autre garniture (de quoi finir de recouvrir le riz). Il ne restait plus qu’à décorer le tour des bols avec quelques feuilles d’artichaut, à mettre ça sur la table avec des baguettes, et à déguster.

Au final, ça n’avait rien de vraiment français, mais mes deux invitées ont quand même eu l’air d’apprécier ! Ou alors les estoniens sont très hypocrites… En tous cas, moi, j’ai aimé ! Bon, je pense que ce que j’ai préféré, c’est quand même le côté « improvisé » de cette recette, avec ce mélange d’ingrédients auquel je ne m’attendais pas du tout. Ça m’a donné envie de renouveler l’expérience avec mes prochains invités : amenez-moi les ingrédients que vous voulez, et on trouvera bien quoi en faire !

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