Il y a un petit moment, j’avais acheté un bouquin sur « La cuisine gourmande d’autrefois ».

La cuisine gourmande d'autrefois

La cuisine gourmande d'autrefois

Outre quelques infos historiques sur la cuisine ou sur certains ingrédients, ce livre présente également pas mal de petites recettes intéressantes. Et parmi celles que j’ai déjà pu tester, il y a la « porée blanche », une recette datant apparemment du Moyen-Âge, à base de blancs de poireaux et de lait d’amandes. Et la semaine dernière, en voyant un paquet de poireaux qui traînait dans la cuisine, j’ai eu à nouveau envie de m’en préparer une.
J’ai donc commencé à émincer mes petits blancs de poireaux et deux gros oignons, et à les faire fondre dans une bonne grosse noix de beurre. Pendant ce temps, je cherche mon paquet d’amandes pour les mettre à bouillir avant de préparer le lait (qui, soit dit en passant, s’obtient en mettant à bouillir quelques minutes les amandes, en les égouttant, en les mixant, en y ajoutant un peu d’eau et éventuellement de lait, en mélangeant bien, puis en filtrant le tout). Et là, je me suis senti un peu comme dans les dessins animés, quand le héros a soudain une idée lumineuse ou qu’il se souvient d’un truc particulièrement important. Vous savez, ce moment où on entend un petit « ting » qui est censé illustrer cette prise de conscience. En l’occurrence, le petit « ting », c’était la sonnerie du four où ma chère et tendre avait mis le dessert à cuire. Et la prise de conscience, c’est que la douce odeur qui se mêlait depuis une dizaine de minutes au parfum des mes poireaux et de mes oignons était celle d’un gâteau aux amandes.
Oui, cette scélérate avait donc osé finir le paquet d’amandes sans m’en avertir ! Bon, certes, je ne l’avais pas non plus informée de mon intention de l’utiliser. Mais je voulais lui faire la surprise du plat, mon intention était on ne peut plus louable ! Oui, je sais, elle aussi voulait me faire la surprise. Il allait donc y avoir des représailles, des deux côtés ! Mais plus tard, car à cet instant, le bruit qui me parvenait de la poêle m’indiquait que la base de mon plat s’apprêtait à accrocher, à caraméliser plus que de raison, qu’elle avait soif, qu’elle appelait son lait d’amandes, ou n’importe quoi d’autre pourvu que ça l’aide à se déglacer. Elle n’avait que faire de nos petites querelles de couple et de mon intention ferme de cuisiner une porée blanche ! Il fallait agir, et vite !

Pour gagner un peu de répit (oui, c’est lâche…), je baissai le feu au minimum, et allai inspecter placards et frigo. Le désespoir total !
– Pas de fonds de bouillon, j’avais justement l’intention d’en repréparer le soir venu.
– Pas de crème fraîche.
– Du vin rouge, trop bon pour être mis dans un plat, et trop rouge pour bien se marier avec des poireaux.
– Du lait de coco, mais je n’apprécie ça que dans des plats très particuliers (ou en piña colada !)
– Du coulis de tomate, mais je n’avais vraiment pas envie de tomates à ce moment-là
– Des gousses de tamarin ramenées du Mexique pour faire de l’agua de tamarindo (boisson aussi savoureuse que rafraîchissante). Sur le coup, je me suis demandé quel était le goût du tamarin pur. J’ai donc goûté, par curiosité. Un peu acidulé, un peu sucré, un peu épicé. Potentiellement pas mauvais avec les poireaux. Mais demandant un petit temps de préparation. Allez, osons ! Mettons-y trois gousses !

J’ai donc coupé le feu sous mes poireaux pour avoir le temps de m’occuper du tamarin et de découvrir un peu la bestiole :
– Ça a une espèce de coquille qui recouvre les gousses, et des gros filaments durs juste en dessous. J’enlève !
– Ensuite, il y a de la pulpe très pâteuse : c’est ça qui a du goût !. Hop, dans une petite casserole avec un fond d’eau pour l’aider à se dissoudre.
– Ça se dissout pas très bien, alors j’ajoute un peu d’eau, et je remue, remue, remue avec une cuillère en bois, jusqu’à ce que la pulpe se détache bien des noyaux et se dissolve dans l’eau.
– Parce que oui, sous la pulpe, il y a des noyaux (à garder de côté parce qu’ils sont jolis, et que ça peut éventuellement s’utiliser dans des éléments de déco) et une sorte de peau un peu caoutchouteuse (qui se mange, mais dont je ne voulais pas dans mes poireaux, alors j’ai tout mangé pendant que la pulpe se dissolvait. J’aurais pas dû. J’entretiens un peu le suspense, si vous lisez jusqu’à la fin, vous saurez pourquoi !)

Voilà, une fois la pulpe dissoute dans le fond d’eau, ça m’a donné quelque chose qui ressemblait à peu près à du lait d’amandes. Au niveau de la consistance (liquide) seulement, parce que le goût, l’odeur et la couleur étaient quand même un peu différents. J’ai donc pu remettre mes poireaux sur le feu, verser mon concentré de tamarin dessus, et fouiller dans mon placard à épices pour savoir ce qui pourrait s’y ajouter. Une petite pincée de gingembre en poudre pour relever un peu. Une pincée de tandoori, mais j’avoue que c’était plus pour renforcer un peu la couleur (un peu rouge) que pour le goût. Du sel, parce que ça en manquait. Et un tout petit peu de sucre, pour adoucir un peu l’acidité du tamarin.
Bref, une fois tout ça prêt et laissé sur un feu doux une dizaine de minutes, je goûte, et je réalise que c’est quand même relativement fort en goût (même si très très bon !). Il faut donc absolument accompagner avec quelque chose ! Cependant, c’est un peu trop épais et collant pour aller sur des pâtes, du riz, de la semoule, du quinoa ou des féculents du genre. Et si je propose à ma moitié d’en tartiner son gâteau aux amandes, ça risque de barder sévère : on ne plaisante pas avec les desserts, à la maison ! Heureusement, il nous restait un tiers d’un pain aux graines maison qui commençait à sécher et qu’on gardait pour faire du pain perdu. Tant pis pour le pain perdu, on a déjà du gâteau ! Dans la bataille desserts contre plats, les desserts gagnent déjà 1-0 pour avoir monopolisé le stock d’amandes. C’est donc un juste de retour que d’utiliser le pain pour des tartines salées plutôt que pour du pain perdu ! Na !
Je coupe donc 6 tranches de pain, que je trempe un peu dans du lait (pour les ramollir, mais aussi pour adoucir un peu le goût final). Je répartis équitablement le contenu de la poêle sur ces tartines, et j’enfourne une bonne quinzaine de minutes thermostat 6. Et à la sortie du four, ça a peut-être pas beaucoup de gueule, mais le goût et l’originalité ont définitivement mis fin à nos petites querelles ! Les tartines poireaux-tamarin, ça mérite bien de se passer de porée blanche et de pain perdu pour un repas !

Par contre, j’ai vite appris que le tamarin était aussi utilisé comme laxatif, notamment parce que les petites peaux que j’ai mangées pendant la préparation ont un effet particulièrement puissant… A bon entendeur…

Publicités